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Manifeste pour
l'école publique : appel à la résistance
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Ce
texte élaboré par un petit groupe dont un certain nombre
de colistiers en 2005 a été publié sur le site de
l 'ODEP
Le mécanisme est bien huilé
: tout en se félicitant des bons résultats de l'école,
on décrète qu'elle est en crise, et qu'il convient de la
réformer. Mais les réformes ne font qu'empirer la crise.
Un diagnostic entraîne aussitôt de nouvelles réformes,
immédiatement destructrices. Ainsi, de crise en crise, de réforme
en réforme, l'institution est devenue ce champ de ruines : quelque
chose d'innommable, un trou noir qui engloutit les intelligences et les
énergies. Il est certes encore possible de faire
instruire ses enfants, à condition de les inscrire dans quelques
établissements choisis. Quelques-uns sont privés, les plus
nombreux sont publics - mais là n'est pas question : il s'agit,
avant tout, de pouvoir habiter certains quartiers privilégiés.
Pour les plus pauvres, les dés
sont pipés. Les ZEP auront été des établissements
" pilotes ", en fait des zones d'expérimentation, où
ont été mises en place ces nouvelles pédagogies si
destructrices. Les hauts fonctionnaires de l'école,
les soi-disant experts, soi-disant indépendants, proclament que
rien ne peut entraver la marche du progrès : 15% des élèves
obtenaient le bac dans les années 60 du siècle passé,
ils seront bientôt 80% (puisque le ministère en a décidé
ainsi). Ce qu'on dit moins, c'est que le bac
ne débouche pas sur une qualification authentique, qu'il n'a aucune
valeur sur le marché du travail, et qu'il n'atteste même
plus de la culture à laquelle on devrait pouvoir prétendre,
après tant d'années d'étude. On peut, désormais,
être bachelier ET illettré. Au reste, cela n'empêche
pas de pouvoir hanter pendant un ou deux ans les couloirs de l'Université.
Et bien évidemment, " le niveau monte " : on continue
de réciter cette litanie. On a toutefois commencé d'admettre,
ces derniers temps, qu'il conviendrait de nuancer un tel jugement. On
n'allait pas dire, pour autant, que le niveau baissait. On a donc inventé
de " nouvelles compétences ", on a décrété
que l'école ne serait plus qu'un chemin parmi d'autres pour accéder
à la culture - mais on confond le désordre des informations
brutes, glanées par exemple sur Internet, et la rigueur de la connaissance.
Par ailleurs, on oublie aussi, très
opportunément, que tout le monde n'a pas accès à
ces nouvelles technologies, et leur utilisation n'est qu'un leurre car
elle implique de maîtriser parfaitement la lecture, l'écriture
et le calcul. Elle nécessite aussi d'avoir suffisamment d'esprit
critique pour effectuer un tri entre les différentes informations
reçues. Or, au regard de l'ignorance de nos élèves,
il serait davantage nécessaire de prodiguer aux élèves
un enseignement qui leur permette d'abord de savoir lire, comprendre et
analyser des documents variés (textes, graphiques, cartes, etc.).
Au-delà des formules creuses,
il faut examiner lucidement la réalité : dans le temps même
où le fameux " objectif des 80% " était crié
sur tous les toits, on organisait, du primaire à la terminale,
la destruction de tous les programmes. On feignait de penser que serait
ainsi rendu possible ce qui, de toute façon, est contraire au bon
sens et à la nature des choses. Tout à la fois, on abandonnait
l'apprentissage rigoureux des bases (lecture, écriture, calcul,
etc.) nécessaires à tout enseignement et on ôtait
au travail scolaire les difficultés et les contraintes si formatrices
dans l'élaboration de la réflexion et de la pensée,
comme s'il était fatal qu'on dût renoncer à tout ce
qui peut solliciter et développer l'intelligence. Il apparaît
que, dans la pensée des Le résultat, nous l'avons sous
les yeux : des enfants qui ne peuvent pas lire, des adolescents qui ne
peuvent pas apprendre et qu'on désespère de pouvoir conduire
à ce degré d'autonomie où l'émergence d'une
pensée devient possible. S'agit-il même, encore, d'instruire
? On prétend que les établissements
scolaires seraient désormais des " lieux de vie ". Comme
s'il s'agissait d'escamoter, par un usage magique des mots, la tristesse
mortelle que ressentent désormais tous ceux doivent fréquenter
ces sortes d'usines à éduquer où s'organise méthodiquement,
par des procédés quasi industriels, la mort de l'intelligence.
Il est inutile de s'étendre longuement sur ce que sont ces "
lieux de vie " : la presse, les médias ont suffisamment décrit
une sorte de jungle où les règlements n'existent que pour
être transgressés, où la raison perd ses droits parce
qu'elle n'est plus à sa place au milieu des quelques ruines qui
subsistent encore de ce qu'on appelait LA culture. L'école s'est
donc ouverte au monde ; elle a perdu les hauts murs qui la protégeaient
des tumultes de l'extérieur et ils s'y sont immédiatement
engouffrés. Qu'est-ce que l'école, aujourd'hui, sinon le
théâtre d'une guerre civile permanente ? Guerre entre LES
" cultures ", qui sont la négation de l'universalisme.
Guerre, entre les idéologies, les religions, entre les communautés,
qui mettent en péril la laïcité de l'école.
Guerre entre les professeurs, les parents, les élèves. Et
dans le même temps, une mainmise progressive des entreprises qui
savent trouver là des consommateurs qui seront aussi leurs futurs
esclaves. A ce point, faut-il encore parler
d' " école " ? Ce qui se fait dans nos établissements
d'enseignement, si l'on excepte quelques îlots de résistance
et quelques rares endroits privilégiés, ne relève
plus d'un quelconque enseignement. La réalité, c'est que,
dans ce très petit nombre d'établissements classés,
on n'enseigne pas " autrement " : on enseigne, point. Ailleurs,
on n'enseigne plus : on garde, et on trie - on " gère des
flux ". Ce phénomène n'est en
rien le propre de l'école publique. On le retrouve à l'identique
dans un grand nombre d'écoles privées : la bêtise
étend sur toutes choses son empire illimité. Il va de soi que, dans ces conditions,
l'enseignant moderne, produit d'un enseignement dégradé,
pour ne pas dire décervelant (les deux années d'IUFM), n'est
même plus chargé de transmettre des connaissances solides
et une culture humaniste et scientifique. Sa mission n'est plus du tout
d'enseigner. Que lui est-il demandé ? De faire la morale aux "
enfants ", et le plus souvent, d'assurer une sorte de garderie en
(se) donnant l'illusion qu'il enseigne encore quelque chose. A ce titre, le récent décret
sur les " remplacements " est tout à fait caractéristique
: ce qui compte, c'est que soient gardés, mis sous surveillance,
ceux qui, laissés à eux-mêmes, pourraient devenir
des bêtes fauves, et des enragés si on se mêlait de
les instruire. Plus de cours, plus de préparations. Plus besoin,
même, de former des enseignants. On économisera ainsi bien
des postes de surveillants, et, dans le même temps, on privera des
jeunes de la possibilité de faire des études. Il s'agit avant tout de tenir dans
une cage (mais peu importe ce qui peut se produire dans la cage) des individus
dont il ne faut surtout éveiller ni l'esprit critique ni l'intelligence.
Ils pourraient en effet, une fois parvenus à l'âge adulte,
ou même avant, contester l'ordre économique, social et politique.
Quant aux élèves, qu'on
abrutit consciencieusement, ils ne sont pas les derniers à pâtir
de la situation. L'analphabétisme est en progrès constant
- que dire de l'absence de logique, de l'incapacité à raisonner,
à former une pensée critique ? Au train où vont les
choses, les diplômes ne seront bientôt plus que des morceaux
de papier sans valeur, amenés à disparaître, sous
le regard d'un patronat européen bien davantage soucieux de trouver
de la main d'uvre à bon marché dans les pays émergents.
Il est temps d'oser dénoncer
: Il s'agit là, non pas d'une
suite de faux-pas, ni même d'un aveuglement idéologique,
mais de l'application froide d'un projet de destruction voulu consciemment
par quelques penseurs officiels, et relayé par beaucoup d'autres
décideurs par suivisme, lâcheté ou incompétence.
" On peut réduire [...]
les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités,
mais il serait dangereux de restreindre le nombre d'élèves
ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à
un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse
graduelle de la qualité de l'enseignement [...]. "
http://www.oecd.org/dataoecd/24/23/1919068.pdf [si ce lien ne
fonctionne pas, le cahier n°13 de l'OCDE se trouve
ICI] La conséquence de ce processus
est tout à fait prévisible. Il y aura, d'ici quelques années,
une scission dans l'école : les " élites " (économiques)
pourront se reproduire dans des établissements privés, ou
bien situés. Là, elles seront correctement instruites, tandis
que les élèves issus des classes populaires devront se satisfaire
d'un vague " service public ", auquel on assignera une double
mission de " socialisation " et d'abrutissement, ce qui, dans
bien des cas, revient au même - songeons à l'utilisation
obsédante, et jusqu'au grotesque du thème de la " citoyenneté
" ! Il s'agit bien évidemment,
en premier lieu, de réduire le coût de l'école. Il
ne sera pas nécessaire, pour abrutir les masses, de recruter des
personnels aussi qualifiés que ne le sont des professeurs dignes
de ce nom. A n'en pas douter, quelques bacheliers pourront se charger
de cette tâche, et à peu de frais. Mais il ne s'agit pas que cela. Il
se pourrait - sait-on jamais ? - que quelques esprits forts en viennent
à refuser l'inacceptable (a fortiori s'ils étaient passés
entre les mains d'une école qui les aurait fait accéder
à la culture, au raisonnement et à l'esprit critique). Le
danger est minime, étant donné le délabrement de
l'institution. Mais il existe. Il était nécessaire
de prévenir la menace - il a donc été élaboré
un projet totalitaire, orienté vers le seul objectif du contrôle
social. On veut refuser à la majorité
des élèves le droit à l'instruction. Tout en prétendant
" valoriser " la " diversité des talents "
ou permettre un " épanouissement personnel ", on veut
formater de soi-disant " individus ", qui, rendus incapables
de le comprendre et de le juger, en viendront à aimer le système
qui les opprime. Comme toujours, l'invocation de la
diversité est utilisée pour masquer le pire des conformismes.
La mise en uvre de ce projet
n'aurait pas été envisageable sans des complicités
notoires, qu'il convient de dénoncer. - Les partis politiques existants,
d'un extrême à l'autre et sans exception se sont tous prononcé
sur la question de l'école de la manière la plus indigne.
Certes, nous ne pouvons guère nous étonner des objectifs
traditionnels de la droite, mais nous sommes consternés de devoir
constater que ceux qu'elle n'aurait jamais pu rêver de faire entrer
dans les faits ont été parfaitement réalisés
par la gauche plurielle à chaque fois qu'elle a pu jouir du pouvoir.
- Les directions des " syndicats
" majoritaires (FSU, SE, SGEN), qui ont maquillé le crime
en le recouvrant d'une sorte de vernis idéologique. Et bien des
organisations minoritaires leur ont emboîté le pas, chacune
à sa manière : corporatiste (SNCL, SAGES), ou quelque peu
droitière (SNALC). - Certains adhérents de ces
mêmes " syndicats ", qui, quand ils ne se laissaient pas
raconter des histoires auxquelles seuls des idiots peuvent croire, ont
à la fois abandonné toute forme d'esprit critique, et toute
velléité d'engagement : ils ont laissé faire les
" spécialistes ", sans même se préoccuper
des conséquences. - Le corps enseignant lui-même,
malgré quelques protestations (soigneusement encadrées par
les " syndicats " mentionnés plus haut) et la résistance
de quelques isolés, semble avoir abandonné ce qui, pourtant,
est au cur même du métier : l'esprit critique et la
responsabilité. - Certaines associations de parents
d'élèves, qui ont défendu des intérêts
idéologiques ou directement politiciens. Si vous retrouvez vos idées
dans ce manifeste, vous pouvez soutenir par votre signature l'appel sur
http://odep.net [ce site est aujourd'hui fermé] De plus, n'hésitez pas à faire circuler ces documents autour de vous.
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