|
Horreurs officielles
Perles en tous genres |
|
Voici quelques
perles, quelques horreurs, quelques citations relevées dans l'imposante
masse de documents officiels.
La libéralisation de l'école, un projet bien ficelé « Une vaste réforme du secteur public d’éducation est en cours, orientée vers et par le marché » (Moyoto Kamiya, OCDE, Courrier de L’UNESCO, décembre 2000). Dans le même document, le même Moyoto Kamiya peut déclarer que les accords de l’OMC prévoient « la privatisation de 160 secteurs ou services, pour une libéralisation totale », et parmi ces secteurs, « l’éducation est, avec la santé, le dernier bastion à conquérir ». L'objectif est clair, en effet : « Nous allons vendre notre savoir-faire à l'étranger [en matière d’éducation], et nous nous sommes fixés un objectif de deux milliards de chiffres d'affaires en trois ans. Je suis convaincu qu'il s'agit là du grand marché du XXIe siècle. » (Claude Allègre, qui était alors ministre de l'Education nationale, Marianne, 11 janvier 1999). C'est toujours la même logique libérale, « privatiser les bénéfices et socialiser les pertes » : « les pouvoirs publics n’auront plus qu’à assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable, et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres vont continuer à progresser ». (OCDE, Adult learning and technology in OCDE countries, 1996) La banque mondiale vole au service des multinationales : il faut « investir prioritairement dans l’éducation de base » et « livrer les secteurs secondaires et universitaires aux industriels de l’éducation ». Il s'agit d'« encourager le recours au privé » et de « consentir des prêts pour les pays disposés à adopter, pour l’enseignement supérieur, un cadre législatif et réglementaire (…) où le secteur privé interviendra davantage au niveau de l’enseignement et du financement ». N’intervenir que si les pays ont su « réformer les systèmes éducatifs directement dirigés par des administrations centrales ou d’Etat (…) lesquelles laissent peu de marges de manœuvre ». (Banque mondiale, Priorités et stratégies pour l’éducation, 1995) Lors de la conférence de Lisbonne, les 17 et 18 mars 2000, les ministres de l’éducation des différents pays européens ont été clairement invités à « se mobiliser pour entrer de plain pied dans la nouvelle économie » (Claude Allègre en faisait partie : il a été chassé peu de temps après par la mobilisation des enseignants, mais le projet est resté). Les propos tenus à la conférence du Lobby Gate, en septembre 1998, sont explicites : « L’éducation est l’un des marchés à la croissance la plus rapide. La formation privée et l’industrie de la formation des adultes devraient connaître un taux de croissance à deux chiffres tout au long de la prochaine décennie ». Dès lors, « l’éducation publique devient un concurrent qu’il convient de ramener à la portion congrue ». Et, en effet, le chiffre d'affaires des entreprises de cours particuliers, par exemple, a fait un bon prodigieux dans les années 2000. « La responsabilité de la formation doit être en définitive assumée par l’industrie ». « L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique » (groupe de travail de l’OMC, dirigé par le président de BP Amoco, ex directeur du GATT, Peter Sutherland). On retrouve les mêmes propos, lors d’une réunion extraordinaire du G 7 consacrée à la « société de l’information ». Les industriels du lobby la Table ronde européenne enfoncent le clou dans un nouveau rapport : « La responsabilité de la formation doit, en définitive, être assumée par l’industrie. [...] Le monde de l’éducation semble ne pas bien percevoir le profil des collaborateurs nécessaires à l’industrie. [...] L’éducation doit être considérée comme un service rendu [...] au monde économique. [...] Les gouvernements nationaux devraient envisager l’éducation comme un processus s’étendant du berceau au tombeau. [...] L’éducation vise à apprendre, non à recevoir un enseignement. [...] Nous n’avons pas de temps à perdre » (Une éducation européenne, vers une société qui apprend, Rapport de la Table ronde européenne des industriels, ERT, février 1995). La méthode est connue « Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire par exemple les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement et l'école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l'établissement voisin, de telle sorte que l'on évite un mécontentement général de la population. » (Morrisson Christian, Cahier de politique économique n°13, OCDE 1996, p. 30) Proposé par Rémy : Un dossier de l'évaluation, de la prospective et de la performance du Ministère de L'Education Nationale chiffre à 180.000 la perte d'emplois dans l'agriculture, la marine, la pêche d'ici 2015, 18.000 dans l'électronique, 90.000 dans la mécanique et le travail des métaux, 27.000 pour la gestion et l'administration, 90.000 dans l'industrie légère, 63.000 dans l'industrie du process... et tombe la conclusion : "Il apparaît donc clairement que le nombre de jeunes sortant du système éducatif et entrant en activité sera donc supérieur aux besoins de recrutement de l'économie". |