Voyage au bout de la
nuit pédagogique
L'Europe réclame des
scientifiques, le lycée prépare des ânes
Après la publication d’un rapport sur la série S de l’Inspection
Générale, commenté notamment sur le
site du Café Pédagogique (« Le rapport sur la série S veut retarder
la spécialisation des lycéens » ci-dessous ) et dont la principale caractéristique
a été immédiatement pointée par Rémy :
«Encore et toujours encore se rapprocher des différents
pays de l'UE. » , un petit échange – non clos – vient d’avoir
lieu sur la liste de discussion des Mots-Tocsin
…
Le rapport sur la série S veut retarder la spécialisation
des lycéens
" La
mission ne préconise ni un renforcement de la spécialisation des trois séries
générales, ni une fusion de ces dernières qui conduirait à former de la même
manière tous les élèves. Au cycle terminal de la voie générale, l’élève doit
construire son parcours de formation au fur et à mesure que ses goûts et que
ses aptitudes se révèlent, c’est à dire progressivement. La progressivité dans
la construction de son parcours permet à l’élève d’affiner son projet, de
l’ajuster ou même de le revoir". Le rapport sur la série S, rédigé par les
inspecteurs généraux Jean Moussa, Claudine Peretti et Daniel Secrétan,
était guetté. Il vient après un rapport sur la filière L et au moment d'une
polémique sur la série ES. Enfin il est publié alors que la crise de la série
la plus prestigieuse du système éducatif français est éclatante : une série au
recrutement de plus en plus socialement ségrégatif mais qui échoue à produire
les étudiants en sciences nécessaires. C'est clairement signifier un certain
échec de l'orientation dans le secondaire.
Ainsi les
rapporteurs démontrent d'abord l'inefficacité du système des options en
seconde. " La
classe de seconde ne joue pas son rôle de classe de détermination. Cela tient
d’une part à la méconnaissance qu’ont les élèves et les familles de la nature
et des débouchés des différentes voies de formation, et d’autre part aux effets
pervers du choix des options. Ce choix est en effet opéré dans une liste trop
étendue et difficile à décrypter qui ne place ni les familles, ni les
établissements, en situation équitable et il est souvent ressenti par les
différents acteurs comme une prédétermination à entrer dans telle ou telle
série". Aussi proposent-ils de remplacer les options par un "parcours
de formation" qui permettrait de faire découvrir aux élèves les finalités
et méthodes des différentes filières. " Cette préparation au choix d’un
parcours de formation s’appuierait sur des activités de découverte ; leur cadre
réglementaire serait déterminé par un cahier des charges et non par un
programme ; les lycées les déclineraient en fonction du projet d’établissement,
du contexte local, des partenariats possibles (avec des universités, des
établissements technologiques voisins, des institutions culturelles…), des
compétences disponibles dans l’établissement, et des intervenants extérieurs
susceptibles d’être mobilisés". C'est le modèle des TPE qui est évoqué
ici.
En
première et terminale tous les élèves partageraient un tronc commun avec des enseignements
d'approfondissement. Ces derniers pèseraient peu en première face au tronc commun
et c'est seulement en terminale qu'une véritable différenciation se ferait avec
un renforcement des options. On aurait ainsi gagné une autre année à la
confirmation des choix des lycéens. Les auteurs ne croient pas qu'un
renforcement de l'identité scientifique de la série répondrait aux attentes. Au
contraire ils estiment q'un style d'enseignement des sciences explique le
désintérêt des élèves pour les formations scientifiques. " L’effondrement
numérique des premiers cycles universitaires en sciences fondamentales, associé
à l’attrait continu des études économiques, financières, et médicales, et à
l’absence d’effondrement dans le domaine des sciences appliquées plaide en
faveur du caractère expérimental de l’enseignement qui a permis de contrarier,
au moins partiellement, le phénomène de désintérêt pour les sciences constaté
dans la plupart des pays. Sur ce point, la crainte de voir l’Europe manquer de
scientifiques a conduit un groupe d’experts mandaté par la Commission
européenne à prôner un revirement dans l’enseignement des sciences pour passer
d’une méthode déductive à une méthode basée sur le questionnement qui accroît
l’intérêt des élèves pour les sciences, notamment des filles, et la réussite
des élèves de milieux défavorisés comme favorisés".
Cette réforme
serait-elle à même de lutter contre les volontés ségrégatives à l'œuvre dans le
système éducatif ? Au moins pourrait-elle aligner notre système éducatif sur
ceux de nos voisins qui n'ont pas forcément des résultats inférieurs (voir Pisa
2006). " L’organisation en séries de la voie générale est une
particularité française" écrivent les auteurs. "Lui substituer une
logique de construction de parcours de formation faciliterait la réussite du
projet professionnel de l’élève, et permettrait un rapprochement des pratiques
rencontrées dans différents pays de l’Union européenne. Cela favoriserait les
échanges et la reconnaissance des formations et des diplômes entre les
pays".
Christophe, le 28 décembre
2007 :
Toujours ce grand
écart entre une formation pilotée au niveau strictement local - projet
d'établissement, ressources de bassin - et la volonté de reconnaissance
internationale des diplômes. Toujours ce grand n'importe quoi. Ah, que n'ai-je
fait inspecteur général...
Christian, le 29
décembre 2007 :
Amis du progrès, bonjour
L'Europe veut des scientifiques mais elle crée
les conditions objectives qui assurent la disparition de toute
forme de rigueur un peu exigeante. La faillite
organisée de l'enseignement de la maîtrise de la langue et la
dévalorisation des langues anciennes sont des signes alarmants
dont les rois fainéants de l'expertise devraient se saisir pour
donner un peu de cohérence à leurs projets. Les meilleurs
scientifiques que j'ai vus passer dans mes classes avaient presque
toujours d'excellentes dispositions pour la grammaire.
On préconise le passage de la méthode déductive à la
martingale inductive, cela nous ramène encore à l'illusion facile de
l'élève construisant son savoir par la seule magie de
"l'intérêt". Provoquons l'étincelle et la subtile alchimie
de la connaissance s'accomplira toute seule. Pour accoucher
d'une génération de scientifiques, il suffit d'envoyer les clowns de la
pédagogie et les bonnes fées de l'orientation qui se pencheront
sur le berceau pour arracher des souhaits à l' Einstein babillant .
D'ailleurs, la formule deux en un semble devoir assurer la réussite de l'opération
à moindre coût : les pédagogues orienteront les petits génies (et
les Travaux Pitoyables Encadrés seront déterminants).
Quant à chercher d'autres raisons que le manque
d'intérêt pour expliquer cette désaffection, il n'en
est pas question. Les idées les plus simplistes sont
toujours les meilleures au royaume de l'ignorance. Je ne vois pas
comment des méthodes si peu rigoureuses pourraient produire les effets
attendus. S'ils n'ont pas une solide structure linguistique et
de vrais repères pour questionner le réel, les
élèves ne pousseront pas l'expérience scientifique au-delà de la sinistre
farce du TPE qui est à la science ce que le roman Arlequin est à la
littérature. On a beau faire son petit singe et recevoir les félicitations
chaleureuses du pédagogue investi, dès que l'on est confronté à une
véritable démarche scientifique, on se retrouve seul face à ses
lacunes. Il y a de quoi décourager les plus obstinés.
L'important n'est-il pas de sauter avec les autres moutons dans le grand bain de la pensée unique ? Nous préférons suivre ce que font les autres et nous aligner sur l'obscurantisme moderne que réduire nos stupides contradictions par l'exercice rigoureux de la raison. Ces hommes de système se foutent bien de la réalité, à côté d'eux Pangloss est un enfant de choeur.
Hervé, le même jour :
Mais faut pas désespérer ! On vient tout juste de réinventer l'eau chaude :
"Une bonne connaissance du français est indispensable à l'apprentissage des autres disciplines : c'est ce que confirment deux études sur les acquis des élèves en histoire, géographie et éducation civique rendues publiques, mercredi 26 décembre, par la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l'éducation."
(http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-994207@51-628859,0.html)
Yapuka ...
P.S. Harlequin, Christian ! Collection Harlequin ... N'écorchons pas les classiques !
Christian, en retour
… :
Zut, il y avait pourtant un excellent pense-bête,
Harlequin, ça commence comme harem et ça finit comme quinquin (dit le
petit ), tout un programme ! J'ai connu ça, il y a longtemps du
côté de Valenciennes. Après avoir endormi le petit dernier
sur la dernière ballade de Johnny, la ménagère de moins de 50 ans a
bien le droit de s'évader loin des odeurs de frites mayonnaise. C'est au Nord et
ce n'est plus les Corons. Une autre forme de misère, la dignité du travail
en moins. Je suis persuadé qu'aujourd'hui les lectrices de ces romans passent
pour les intellectuelles du quartier.
Quant aux rapports que les poules ministérielles pondent méthodiquement, ils se contredisent malicieusement, ce qui laisse carte blanche au ministre pour avancer ses pions. Après ça, ce qui nous tombe sur le coin du museau, c'est affaire d'économie budgétaire et de conformité européenne. Je veux bien qu'il y ait un soupçon de manigance dans l'antichambre des cabinets si ça peut réjouir les machiavels de l'intrigue politique mais les chéris du ministère seront bien ceux qui, en bons pragmatiques, sauront s'asseoir sur leurs convictions pour aider les héritiers de Guizot à tenir leurs objectifs. L'essentiel, c'est encore de participer. Démocratie quand tu nous tiens !
Fin (provisoire ?)
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Le rapport sur la série L
Evaluation des mesures
prises pour revaloriser la série littéraire au lycée
Rapport
IGAENR - Rapport conjoint IGEN IGAENR juillet 2006
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