Dictée-Questions
Concours d’entrée de
l’école normale dans les année 50
(Donc : en fin de troisième ; les
écoles normales préparaient au bac avant d’assurer une formation
professionnelle, avec les mêmes professeurs d’ailleurs, du moins jusqu’à une
certaine période.)
SENSIBILITE ENFANTINE
Ma seule
consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser
quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait
si vite, que le moment où je l'entendais monter, puis où passait dans le
couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue,
à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un
moment douloureux. Il annonçait celui qui allait le suivre, où elle m'aurait
quitté, où elle serait redescendue. De sorte que ce bonsoir que j'aimais tant,
j'en arrivais à souhaiter qu'il vînt le plus tard possible, à ce que se
prolongeât le temps de répit où maman n'était pas encore venue. Quelquefois
quand, après m'avoir embrassé, elle ouvrait ma porte pour partir, je voulais
la rappeler, lui dire « embrasse-moi une fois encore », mais je savais
qu'aussitôt elle aurait son visage fâché, car la concession qu'elle faisait à
ma tristesse et à mon agitation en montant m'embrasser, en m'apportant ce
baiser de paix, agaçait mon père qui trouvait ces rites absurdes. [...] Or, la
voir fâchée détruisait tout le calme qu'elle m'avait apporté un instant avant,
quand elle avait penché vers mon lit sa figure aimante, et me l'avait tendue
comme une hostie pour une communion de paix où mes lèvres puiseraient sa
présence réelle et le pouvoir de m'endormir.
M.PROUST A la
recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann. Librairie Gallimard, tous
droits réservés.
QUESTIONS
1 ~ Etudier le
mouvement de la phrase dan» le passage « Mais ce bonsoir … un moment
douloureux. »
2 — Expliquer répit
— rites.
3 — Préciser la
valeur du mode auquel sont conjugués les verbes viendrait — vînt.
4 — Analyser
logiquement « Ma seule consolation … Je serais dan mon lit. ».
INDICATIONS
1. — L'enfant
évoque ce baiser maternel du soir qui dure si peu. Les deux principales
juxtaposées « Mais ce bonsoir... si vite » expriment cette brièveté. La
subordonnée de conséquence annoncée aussitôt après et qui termine la phrase
exprime la douleur qui en résulte. Deux relatives intérieures à cette
subordonnée sont l'une brève, l'autre longue. La première exprime simplement
l'audition par l'enfant du premier bruit de pas de sa mère montant l'escalier,
dans la seconde, complétée par une autre relative, l'enfant se complaît dans
l'évocation de sa mère passant dans le couloir pour venir
l'embrasser. Le mouvement de la phrase est en étroite harmonie avec l'idée
exprimée. 4 points
2 - répit : délai avant une épreuve ; ici temps durant lequel l'enfant est heureux à la pensée que sa mère va bientôt venir.
- rites : ordre des cérémonies religieuses ; le cérémonial de chaque soir fait songer à des rites. 2 points
3 - viendrait : conditionnel présent, exprime un futur dans le passé (futur par rapport à l'action exprimée par ce qui précède).
- vînt : subjonctif imparfait : action incertaine dépendant d'un souhait (j'en arrivais à souhaiter). 2 points
4 - Ma seule consolation était : prop. principale.
quand je montais me coucher : prop. subord. conj., c. circ. de temps de la principale.
que maman viendrait m'embrasser : prop. subord. conj., attribut de consolation.
quand je serais dans mon lit : prop. subord. conj., c. circ. de temps de viendrait m'embrasser.
2 points
Jean Maitron
– 60 dictées suivies de questions et
notées – Classes de quatrième et troisième
Les Editions de l’Atelier /
Editions Ouvrières (1954 – réédition :2005)