" Ce que je méprise , c'est l'existence
que je mène ,moi; que je suis condamné à mener
pendant des années encore. Instruction, éducation. On
m'élève. Oh! l'ironie de ce mot-là !...
Education. la chasse aux instincts . On me
reproche mes défauts ; on me fait honte de mes imperfections. je
ne dois pas être comme je suis mais comme il faut. Pourquoi
faut-il ? .... On m'incite à suivre les bons exemples ; parce
qu'il n'y a que les mauvais qui vous décident à agir. On
m'apprend à ne pas tromper les autres; mais point à ne
pas me laisser tromper . On m'inocule la raison - ils appellent
ça comme ça- juste à la place du coeur. Mes
sentiments violents sont criminels , ou au moins
déplacés; on m'enseigne à les dissimuler. De ma
confiance, on fait quelque chose qui mérite d'avoir un nom : la
servilité; de mon orgueil quelque chose qui ne devrait pas en
avoir : les respect humain. Le crâne déprimé par le
casque d'airain de la saine philosophie , les pieds alourdis par les
brodequins à semelles de plomb dont me chaussent les
moralistes, je pourrai décemment, vers mon quatrième
lustre me présenter à mes semblables. J'aurai du savoir
vivre. Je regarderai passer ma vie derrière le carreau
brouillé des conventions hypocrites, avec permission de la
romantiser un peu , mais défense de la vivre. J'aurai peur. Car
il n'y a qu'une seule chose que l'on m'apprenne ici , je le sais! On
m'apprend à avoir peur.
Pour que j'aie bien peur des autres et
bien peur de moi, pour que je sois un lieu commun articulé par
la résignation et un automate de la souffrance imbécile,
il faut que mon être moral primitif, le moi que je suis né
disparaisse. Il faut que mon caractère soit
brisé, meurtri , enseveli. Si j'en ai besoin plus
tard , de mon caractère- pour me défendre, si je suis
riche et pour attaquer si je suis pauvre- il faudra que je l'exhume
...."
Envoyé
au bagne de Biribi après être passé en conseil de
guerre pour indiscipline, Darien publie Biribi en 1890. le
livre provoque au parlement un débat qui aboutit à la
suppression du bagne militaire. il publie le Voleur en 1897 et
participe à des revues anarchistes l'Escarmouche et
l'Ennemi du peuple. D'une certaine manière , on peut
penser à partir de cet extrait que l'éducation
au service d'un ordre immoral et hypocrite ne peut
légitimer autre chose que la révolte et
encourager l'effort que font certains "caractères"
pour se soustraire à cette emprise étouffante.
Toutefois, je crois
parfois déceler dans la prose de Darien des accents
rousseauistes( apologie du moi, allusion à un
caractère primitif que l'on ensevelit...) aussi avec des
phrases qui romantisent l'enfant comme : " L'enfant a
l'orgueil de sa personnalité et le fier entêtement de ce
qu'on appelle ses mauvais instincts . L'ironie n'est pas rare chez lui;
il se venge par sa moquerie , toujours juste , du personnage ou de la
doctrine qui cherche à peser sur
lui."
Christian

L'école que décrit Darien, est-il
bien évident que ce soit celle de la IIIe République ? Vu
sa date de naissance (1862), il était formé bien avant
que les lois Ferry soient promulguées. Et elles ont mis une
bonne dizaine d'années à être mises en pratique,
tant l'enseignement catholique tenait le haut du pavé, et
combattait l'école de la "Gueuse".
Et tu as raison sur les accents rousseauistes — ce sont
ceux-là même des inspirateurs de l'école
laïque, Ferdinand Buisson par exemple… Il y a dès le
départ une double tentation dans l'école — Rousseau
ou Condorcet, l'éducation ou l'instruction, selon que l'on
prétend se conformer à un modèle "naturel" (en
fait, politique) ou se contenter de transmettre du savoir — ce
qui est tout aussi politique. Et nous sommes les héritiers de
cette double contrainte : à nous de nous situer d'un
côté (les Pédagogues) ou de l'autre. Quant à
se situer "ailleurs", comme d'aucuns en ont la tentation ces jours-ci,
c'est pure utopie. Marx a très bien expliqué qu'il
n'existe rien d'autre que la culture dominante — i.e. bourgeoise
—, et que c'est à l'intérieur de cette culture que
l'on fait la révolution. Je rappelle aux grands anciens que les
68tards croulaient sous les références littéraires
classiques (et moins classiques : comme quoi le Lagarde & Michard
pouvait amener à lire Bakounine, ce à quoi n'incitent
guère les manuels d'aujourd'hui). Evidemment, les
"héritiers" pédagogistes se recrutent surtout dans les
68tares de la JOC et autres crypto-cathos (Meirieu !) — et nous
revoici dans l'enseignement que vilipende Darien.
JPB
Je veux bien croire que se situer "ailleurs"
soit pure utopie mais n'oublions pas que l'utopie a une fonction
critique, quand bien même elle ne serait pas promise
à la réalisation , elle peut faire
évoluer à sa manière les
représentations de la culture dominante, dénoncer
ses impostures et espérer fissurer ses
certitudes, l'obligeant par
exemple à dépasser une alternative
restrictive qui limiterait la réflexion sur
l'école à l'opposition des deux camps. Se placer sur
le plan de l'utopie , c'est aussi donner une chance à
un autre point de vue de mettre en évidence des
contradictions qui nous dépassent individuellement ( une
autre manière de comprendre le monde pour mieux le
transformer ou, à défaut, l'orienter vers un
modèle plus équilibré) .
Ceux qui s'efforcent d'envisager ce
point de vue ne considèrent pas la culture dominante comme une
fin en soi (la fameuse fin de l'Histoire que les idéologues
capitalistes s'efforcent de nous vendre pour assurer leur
tranquillité) mais ils essaient de s'inscrire dans une
perspective dialectique. Pour ma part, si je n'ai pas la
prétention de changer l'ordre du monde, je crois aux
vertus de la lucidité : ce qu'elle
sème aujourd'hui sera peut-être
utile à d'autres générations. Et
là, je vous rejoins sur un point essentiel : je
pense que nous devons fourbir nos armes
intellectuelles car elles seules nous permettront de faire valoir
cette lucidité pour entrer dans une
compréhension nuancée de cette civilisation
et définir ce qui la ronge sournoisement. La
maîtrise de la langue et la curiosité
intellectuelle, parmi d'autres moyens, sont indispensables
pour donner une forme à la critique et
échapper à la pensée raccourcie de
la culture dominante. Quand ils auront réussi
à enfermer toute réflexion
dans un format médiatique sclérosant, il ne
nous restera plus qu'à réciter le credo de la
pensée citoyenne. On est en droit de penser
que ce qui se prétend "moderne"
aujourd'hui flatte cet obscurantisme et participe au
grand décervelage.
Christian
Lu ce matin même dans le journal de
Delacroix, une citation qui nous ramène encore à la
culture : 15 mai 1822 "Ce qui fait les hommes de
génie ou plutôt ce qu'ils font , ce ne sont point les
idées neuves , c'est cette idée que ce qui a
été dit ne l'a pas encore été assez. "

Rebonjour,
Merci beaucoup Christian pour cet extrait ! Je ne connaissais pas
Darien.
Jean-Paul,
je te prie de m'en excuser, mais je voudrais rebondir sur ton message,
je vais donc le découper un peu pour plus de commodité et
de clarté.
« L'école que décrit Darien,
est-il bien évident que ce soit celle de la IIIe
République ? Vu sa date de naissance (1862), il était
formé bien avant que les lois Ferry soient promulguées.
Et elles ont mis une bonne dizaine d'années à être
mises en pratique, tant l'enseignement catholique tenait le haut du
pavé, et combattait l'école de la "Gueuse". »
Sur cela, je n'ai évidemment aucune idée.
« Et
tu as raison sur les accents rousseauistes - ce sont ceux-là
même des inspirateurs de l'école laïque, Ferdinand
Buisson par exemple. »
A ce propos, où peut-on lire du Ferdinand
Buisson ? Je vois que Kiné a publié des extraits de son Dictionnaire
pédagogique : est-ce bon ?
« Il y a dès le départ une
double tentation dans l'école - Rousseau ou Condorcet,
l'éducation ou l'instruction, selon que l'on prétend se
conformer à un modèle "naturel" (en fait, politique) ou
se contenter de transmettre du savoir - ce qui est tout aussi
politique. »
J'aime beaucoup cette dernière
précision. Mais j'irai plus loin : on ne peut pas "se contenter
de transmettre du savoir" (comme on l'a d'ailleurs _montré_ sur
cette liste, à mon avis), cela est une vue de l'esprit. Par
"l'instruction", on éduque, qu'on le veuille ou non.
« Et nous
sommes les héritiers de cette double contrainte : à nous
de nous situer d'un côté (les Pédagogues) ou de
l'autre. Quant à se situer "ailleurs", comme d'aucuns en ont la
tentation ces jours-ci, c'est pure utopie. »
Je ne sais pas qui est visé par cet
"ailleurs". Je signalerai donc qu'il y a deux façons de se
situer hors de ce clivage : en le refusant, on peut être
en-deçà ou au-delà de lui. On peut, comme je l'ai
vu faire par Davidenkof je crois, prétendre le regarder de
l'extérieur, en simulant une parfaite extériorité,
en se lavant les mains des questions ainsi laissées en suspens,
ou en les manipulant ; on peut aussi chercher un "moyen terme", une
forme de pauvre "neutralité", en piochant à droite et
à gauche. Je crois que c'est cette façon de renvoyer les
deux tendances dos-à-dos que tu condamnes - avec raison. Mais,
pour moi, son travers est de ne pas remonter à l'une des causes
du problème : le régime capitaliste. Son analyse reste
en-deçà du clivage pour cette raison. Car on peut
également montrer que les deux tendances ne sont, dans leurs
formes les plus caricaturales, que deux facettes d'une même
erreur, que deux "écoles" pédagogiques, promptes à
critiquer, à adopter un discours de rupture, mais en fin de
compte parfaitement capables de s'intégrer dans l'école
d'aujourd'hui (ou de demain), en faisant discrètement un
léger inventaire, bien sûr, mais en refusant de faire
remonter l'analyse - dans tous ses aspects - à l'ordre
capitaliste d'aujourd'hui.
« Marx a
très bien expliqué qu'il n'existe rien d'autre que la
culture dominante - i.e. bourgeoise -, et que c'est à
l'intérieur de cette culture que
l'on fait la révolution. »
Tu es sûr qu'il l'a "très bien expliqué" ? Je le
connais mal, il est vrai, mais je crois voir à quels - rares -
textes tu fais allusion. Quoi qu'il en soit, je ne suis d'accord avec
ce constat qu'en première approximation. En effet, qu'est-ce que
"la culture dominante", "la" culture bourgeoise ? Bien sûr qu'il
vaut mieux la culture classique que rien du tout ! Bien sûr que
celle-ci permet (a permis) sa propre critique (dans une certaine
mesure, néanmoins ?). Mais faut-il pour autant ne pas interroger
"la culture dominante" ? Non, évidemment. Et l'interroger ne
veut probablement pas dire ne pas continuer à l'enseigner,
d'ailleurs. Seulement, ton argument ne suffit pas : "c'est
à l'intérieur de cette culture que l'on fait la
révolution". Quelle révolution ? Oui, c'est en effet
à l'intérieur de cultures bourgeoises que se sont faites
les révolutions française et russe - i.e. des
révolutions bourgeoises, capitalistes. On peut faire aussi ce
constat-là... Là encore, je n'en tire pas de conclusion
définitive. Je n'en tire pas la conclusion qu'aucune autre
révolution n'est possible à l'intérieur de la
"culture dominante"... mais le soupçon me semble de rigueur.
Quoi qu'il en soit, j'y insiste : qu'est-ce que
"la culture dominante", "la" culture bourgeoise ? Il doit y avoir moyen
d'affiner le constat. La culture "bourgeoise", diffusée par
l'école, est loin d'être uniforme des années 1880
à 1990 : on doit pouvoir déceler (même si ce petit
jeu ne m'intéresse pas beaucoup) certains contenus
authentiquement "bourgeois", et d'autres beaucoup plus
problématiques.
Enfin, le mot bourgeois ne doit pas
piéger : les Lumières ont apporté beaucoup. Ce
n'est pas la culture "bourgeoise" qu'il faut vraiment condamner, au
risque de jouer aux petits khmers rouges, c'est la culture de la
soumission à l'ordre dominant - de ce point de vue, les nouveaux
"contenus" de l'école sont aussi "bourgeois", si ce n'est
davantage, que les anciens, malgré leur apparent "modernisme",
malgré leur démagogie, etc., et ce qui pouvait être
émancipateur au XVIIIe est aujourd'hui sérieusement
désamorcé (même s'il peut
réapparaître, je ne le nie pas). Bref, il ne s'agit pas de
condamner une culture classique qui a fait ses preuves, mais de
s'interroger sur les conditions de sa transmission, sur ses limites,
etc.
« Je
rappelle aux grands anciens que les 68tards croulaient sous les références littéraires
classiques (et moins classiques : comme quoi le Lagarde
& Michard pouvait amener à lire Bakounine, ce à quoi
n'incitent guère les manuels
d'aujourd'hui). Evidemment, les "héritiers"
pédagogistes se recrutent
surtout dans les 68tares de la JOC et autres crypto-cathos
(Meirieu !) - et nous revoici dans l'enseignement que vilipende Darien. »
Les maîtres pédagogos,
d'authentiques 68ards ? Lesquels ? Voilà un lieu commun
"républicain" qui me semble à vérifier. Tout au
plus « post-soixante-huitards », ce qui est
très différent : ils apparaissent au moment où
l'utopie retombe, ils récupèrent (du moins pour ceux qui
sont aux commandes aujourd'hui).
Bien à toi,
J.Baptiste
JPB en réponse à
Jean-Baptiste :
« A
ce propos, où peut-on lire du Ferdinand Buisson ? Je vois que
Kiné a publié des extraits de son Dictionnaire
pédagogique: est-ce bon ? »
Le Dictionnaire de Buisson est absolument passionnant. Nous sommes en
train d'intriguer auprès d'un éditeur ami pour qu'il en
publie de larges extraits commentés. Tu peux en lire des choses
intéressantes sur le site de Delord,
http://michel.delord.free.fr/dp.html.
« Les
maîtres pédagogos, d'authentiques 68ards ? Lesquels ?
Voilà un lieu commun "républicain" qui me semble à
vérifier. Tout au plus _post-soixante-huitards_, ce qui est
très différent : ils apparaissent au moment où
l'utopie retombe, ils récupèrent (du moins pour ceux qui
sont aux commandes aujourd'hui). »
C'est bien pour ça que je faisais la
distinction entre 68tards et 68tares. Mais mes jeux de mots passent
peut-être inaperçus — ce qui vaut sans doute mieux.
La JOC a effectivement participé à 68, et s'en est
dégagée via le SGEN, au début des années
70. Il faut avoir vécu ce qu'étaient les écoles
normales des années 75 pour apprécier l'emprise qui se
mettait en place. Voir le témoignage de Bernard sur mon blog, http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2006/06/27/vous-avez-dit-violence.html#comments
; à la date du 10 juillet 2006.
JPB
Retour à Georges Darien ...
Régis en
réponse à Christian :
Christian,
je te conseillerais également la version filmée par L.
Malle (JP Belmondo dans le rôle de Randal), qui certes
néglige pas mal de ce qui relève parfois du bavardage
dans le bouquin, mais a su en conserver "l'esprit". Avec quelques
modifications également dans le récit, notamment la
scène de la mort de l'oncle, très réussie : Randal
falsifie le testament de son oncle dans la chambre de son oncle
agonisant, qui l'entend et le comprend, et lui fait demander notamment
un enterrement civil, avec la fosse commune.L. Malle a bien compris le
personnage de Randal, dont il ne fait pas un théoricien de la
reprise individuelle : il donne ce rôle à Canonnier (C.
Denner, excellent comme d'habitude), qui meurt dans le film, à
la différence du roman. Pour confirmer cela : c'est
l'abbé Lamargelle qui termine le roman sur une condamnation du
despotisme du christianisme (ce en quoi Jean-Paul a raison lorsqu'il
écrit que l'enseignement que Darien vilipende, c'est
l'enseignement catholique), et prévoit l'avènement de
l'Unique de M. Stirner. Randal, lui, annonce simplement qu'il terminera
là sa carrière de voleur (alors que le film le laisse
poursuivre).
Un dernier mot : le rapport de Darien à
l'antisémitisme est trouble (ça se lit dans le roman). A
la manière d'un O. Mirbeau, même si ce dernier a su
être plus clair, et auquel je le comparerais bien davantage que
L. Bloy à Darien. Sans doute l'humour également, outre le
rapport à l'anarchisme, pour lequel une bonne partie de cette
génération des écrivains fin-de-siècle
avait des sympathies (Mallarmé, A. Daudet, R. de Gourmont,
Huysmans et d'autres étaient par exemple abonnés au
journal anarchiste "la révolte").
Bien à toi.

Merci pour ce prolongement , c'est le
premier roman de Darien que je lis. Concernant le rapport à
l'antisémitisme, Issacar est gentiment brocardé
comme la plupart des personnages du roman, d'ailleurs Darien le charge
en parallèle avec le type du jeune chrétien, j'y vois
davantage une dérision des religions gangrenées
par l'argent et asservies au capital qu'une intention
antisémite ( j'attendrai d'arriver au bout du roman pour me
prononcer). Dans la préface , il est précisé
qu'il aurait publié en 1891 un roman, Les pharisiens,
lequel serait une violente charge contre Charles Drumont et sa
littérature antisémite.
Chapitre
3 " D'où vient chez le juif , cette précocité de
pénétration ? je ne lui vois qu'une seule cause :
l'observation par l'Israélite d'une règle religieuse en
même temps qu'hygiénique , qui lui permet de contempler le
monde sans aucun trouble, de conclure et d'apprendre à raisonner
avec bon sens ; tandis que le jeune chrétien sans
cesse dans les transes, passe son temps à faire des
confidences aux médecins et à consterner les
apothicaires."
L'ironie de
Darien n'épargne personne , le ton satirique est
omniprésent, tout le monde en prend pour son grade.
L'abbé Lamargelle pris dans
les lacets philanthropiques de l'oncle rapace est
chargé de trouver le bon parti pour sa
fille Charlotte ( prénom choisi en clin
d'oeil à Werther) :
"C'est
un philanthrope cynique . Il prête aux gens afin d'en exiger des
services , mais il ne le leur cache pas.... l'abbé
Lamargelle a immédiatement compris que l'interrogation couvrait
un ultimatum; il s'est mis en campagne..."
En
parlant des prêtres : " Des malins ceux-là ! et
qui ne sont peut-être pas les plus mauvais soutiens de la
Société , bien que la bourgeoisie déclare en
clignant de l'oeil que le cléricalisme c'est l'ennemi. "
Et
un dernier morceau savoureux, l'indignation de l'oncle quand il
apprend que la mère de son futur gendre s'est
laissé voler par son jeune amant ( le mariage
sera annulé , bien sûr)), l'ironie de Darien
n'a pas pris une ride :
" Penser que des capitalistes, des
possédants- hommes, femmes , peu importe; le sexe
disparaît devant le capital- font aussi bon marché du bien
de la caste, sacrifient des intérêts supérieurs
à des passions basses , oublient toute prudence ,
négligent toute précaution devant leurs appétits
déréglés - et livrent leurs munitions en bloc
à l'ennemi ! Où sont-ils ces trois cent mille
francs ? Qui sait ? Peut-être entre les mains de perturbateurs
prêts à engager la lutte contre les gens riches , contre
nous, en dépit du code qui fait tout ce qu'il peut , pourtant,
pour favoriser l'accumulation et le maintien de l'argent dans les
mêmes mains ...Se laisser voler ! Ne pas veiller sur sa fortune !
c'est mille fois plus atroce que la prodigalité qui, au moins,
éparpille l'or.. C'est abandonner le drapeau de la
civilisation; c'est permettre à la vieille barbarie de
prévaloir contre elle . La fortune a ses obligations, je crois !
L'Eglise même nous l'enseigne..."
J'allais oublier la chute : "Ah! bon Dieu se souvenir qu'on
a un sexe et oublier qu'on a un million ...C'est à vous rendre
révolutionnaire !"
Bien à vous tous, Christian
Régis en réponse à
Christian :
Christian,
tu as raison, bien que ce chapitre 3 débute par "On ne fait
jamais la connaissance d'un Israélite, d'abord; c'est toujours
lui qui fait la vôtre". Ainsi, dans la belle France, il
écrit :
"Si la foule réfléchissait, elle comprendrait que la
haine du juif comme juif est imbécile. Le juif n'a pas
créé l'état social actuel ; cet état
est contraire à ses tendances et à son
caractère ; qu'il en profite souvent, ce n'est pas
niable ; et qu'il ait raison d'en profiter, c'est encore plus
certain. Un système meurt des abus qu'il engendre. La
civilisation présente n'est pas juive ; elle est
chrétienne. Ce sont les chrétiens qui l'ont fait
naître, qui la supportent, et qui la défendent. Les
chrétiens n'ont pas à se plaindre ; ce sont des
imbéciles, voilà tout."
Ca m'a donné l'occasion de reprendre ce roman, et notamment les
passages où il passe à la moulinette les tenants du
socialisme scientifique, ou encore ceux de l'anarchisme (chapitres 11
à 13).
Bien à toi.

Jean-Baptiste en réponse à
JPB :
Bonjour,
« Le Dictionnaire de
Buisson est absolument passionnant. Nous sommes en train d'intriguer
auprès d'un éditeur ami pour qu'il en publie de larges
extraits commentés. Tu peux en lire des choses
intéressantes sur le site de Delord,
http://michel.delord.free.fr/dp.html>http://michel.delord.free.fr/dp.html. »
Entendu, mais j'avais
oublié de préciser : où peut-on le lire, ailleurs
que sur internet ? En attendant votre édition, que penser de
celle de Kiné ?
« C'est
bien pour ça que je faisais la distinction entre 68tards et
68tares. »
Autant pour moi, en effet. Le jeu de mots
n'était pas mauvais, même s'il reposait sur une seule
lettre - et c'est dangereux, sur internet, où les fautes de
frappes peuvent être fréquentes ! Le contexte aurait
dû m'aider à percevoir la distinction.
Au passage, tout le monde aura rectifié
une petite maladresse dans mon message : c'est évidemment la
révolution française qui peut être dite, sans
difficulté, "bourgeoise" ; pour la révolution russe,
"capitaliste" suffisait.
Et, toujours sur le même sujet, je viens
de lire de bonnes pages sur les "grandeur et déclin de la
culture bourgeoise" dans "Culture
prolétarienne » de Marcel Martinet (où il
dénonce l'idée d'un poison définitif dans la
culture bourgeoise, où il préfère l'idée de
"culture humaine"). Il faudrait que je trouve un scanner : il s'agit
des pages 38 à 40.
A propos de ce qu'écrit Bernard :
http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2006/06/27/vous-avez-dit-violence.html#comments>http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2006/06/27/vous-avez-dit-violence.html#comments
à la date du 10 juillet 2006.
C'est intéressant, en
effet, mais un peu rapide. Vivement la retraite qu'on trouve tous le
temps!
Bien à tous,
J.Baptiste

Le
débat rebondit sur la - ou des - culture(s) bourgeoise(s),
Ferdinand Buisson,
« Instruction/Education » ;
des prolongement aussi sur l’antisémitisme.