Echanges autour de
Georges Darien
" Le Voleur " - 1897
(début juillet 2006)

 


("Le Voleur" edition J.-J.Pauvert)

 

 

" Ce que je méprise , c'est l'existence que je mène ,moi; que je suis condamné à mener pendant des années encore. Instruction, éducation. On m'élève. Oh! l'ironie de ce mot-là !... 

 Education. la chasse aux instincts . On me reproche mes défauts ; on me fait honte de mes imperfections. je ne dois pas être comme je suis mais comme il faut. Pourquoi faut-il ? .... On m'incite à suivre les bons exemples ; parce qu'il n'y a que les mauvais qui vous décident à agir. On m'apprend à ne pas tromper les autres; mais point à ne pas me laisser tromper . On m'inocule la raison - ils appellent ça comme ça- juste à la place du coeur. Mes sentiments violents sont criminels , ou au moins déplacés; on m'enseigne à les dissimuler. De ma confiance, on fait quelque chose qui mérite d'avoir un nom : la servilité; de mon orgueil quelque chose qui ne devrait pas en avoir : les respect humain. Le crâne déprimé par le casque d'airain de la saine philosophie , les pieds alourdis par les brodequins à semelles de plomb dont me chaussent les moralistes, je pourrai décemment, vers mon quatrième lustre me présenter à mes semblables. J'aurai du savoir vivre. Je regarderai passer ma vie derrière le carreau brouillé des conventions hypocrites, avec permission de la romantiser un peu , mais défense de la vivre. J'aurai peur. Car il n'y a qu'une seule chose que l'on m'apprenne ici , je le sais! On m'apprend à avoir peur. 

 Pour que j'aie bien peur des autres et bien peur de moi, pour que je sois un lieu commun articulé par la résignation et un automate de la souffrance imbécile, il faut que mon être moral primitif, le moi que je suis né disparaisse. Il faut que mon caractère soit brisé,  meurtri , enseveli. Si j'en ai besoin plus tard , de mon caractère- pour me défendre, si je suis riche et pour attaquer si je suis pauvre- il faudra que je l'exhume ...."    

 Envoyé au bagne de Biribi après être passé en conseil de guerre pour indiscipline, Darien publie  Biribi en 1890. le livre provoque au parlement un débat qui aboutit à la suppression du bagne militaire. il publie le Voleur en 1897 et participe à des revues anarchistes  l'Escarmouche et l'Ennemi du peuple. D'une certaine manière , on peut penser à partir de cet extrait que l'éducation au service d'un ordre immoral et hypocrite ne peut  légitimer autre chose que la révolte et encourager l'effort que font certains "caractères" pour se soustraire à cette emprise étouffante.

 Toutefois, je crois parfois déceler dans la prose de Darien des accents rousseauistes( apologie du moi,  allusion à un caractère primitif que l'on ensevelit...) aussi avec des phrases qui romantisent l'enfant comme : " L'enfant a l'orgueil de sa personnalité et le fier entêtement de ce qu'on appelle ses mauvais instincts . L'ironie n'est pas rare chez lui; il se venge par sa moquerie , toujours juste , du personnage ou de la doctrine qui cherche à peser sur lui."     

Christian


L'école que décrit Darien, est-il bien évident que ce soit celle de la IIIe République ? Vu sa date de naissance (1862), il était formé bien avant que les lois Ferry soient promulguées. Et elles ont mis une bonne dizaine d'années à être mises en pratique, tant l'enseignement catholique tenait le haut du pavé, et combattait l'école de la "Gueuse".
Et tu as raison sur les accents rousseauistes — ce sont ceux-là même des inspirateurs de l'école laïque, Ferdinand Buisson par exemple… Il y a dès le départ une double tentation dans l'école — Rousseau ou Condorcet, l'éducation ou l'instruction, selon que l'on prétend se conformer à un modèle "naturel" (en fait, politique) ou se contenter de transmettre du savoir — ce qui est tout aussi politique. Et nous sommes les héritiers de cette double contrainte : à nous de nous situer d'un côté (les Pédagogues) ou de l'autre. Quant à se situer "ailleurs", comme d'aucuns en ont la tentation ces jours-ci, c'est pure utopie. Marx a très bien expliqué qu'il n'existe rien d'autre que la culture dominante — i.e. bourgeoise —, et que c'est à l'intérieur de cette culture que l'on fait la révolution. Je rappelle aux grands anciens que les 68tards croulaient sous les références littéraires classiques (et moins classiques : comme quoi le Lagarde & Michard pouvait amener à lire Bakounine, ce à quoi n'incitent guère les manuels d'aujourd'hui). Evidemment, les "héritiers" pédagogistes se recrutent surtout dans les 68tares de la JOC et autres crypto-cathos (Meirieu !) — et nous revoici dans l'enseignement que vilipende Darien.

JPB 

Je veux bien croire que se situer "ailleurs" soit pure utopie mais n'oublions pas que l'utopie a une fonction critique, quand bien même elle ne serait pas promise à la réalisation , elle peut faire évoluer à sa manière les représentations de la culture dominante, dénoncer ses impostures et espérer  fissurer ses certitudes, l'obligeant par exemple à dépasser une alternative restrictive qui limiterait la réflexion sur l'école à l'opposition des deux camps. Se placer sur le plan de l'utopie , c'est aussi donner une chance à un autre point de vue de mettre en évidence des contradictions qui nous dépassent individuellement ( une autre manière de comprendre le monde pour mieux le transformer ou, à défaut, l'orienter vers un modèle plus équilibré) .   

  Ceux qui s'efforcent d'envisager ce point de vue ne considèrent pas la culture dominante comme une fin en soi (la fameuse fin de l'Histoire que les idéologues capitalistes s'efforcent de nous vendre pour assurer leur tranquillité) mais ils essaient de s'inscrire dans une perspective dialectique. Pour ma part, si je n'ai pas la prétention de changer l'ordre du monde,  je crois aux vertus de la lucidité : ce qu'elle sème aujourd'hui sera peut-être  utile à d'autres générations. Et là, je vous rejoins sur un point essentiel : je pense que nous devons fourbir nos armes intellectuelles car elles seules nous permettront de faire valoir cette lucidité pour entrer dans une compréhension nuancée de cette civilisation et définir ce qui la ronge sournoisement.  La maîtrise de la langue et la curiosité intellectuelle, parmi d'autres moyens, sont indispensables pour donner une forme à la critique et échapper à la pensée raccourcie de la culture dominante.  Quand ils auront réussi à  enfermer toute réflexion dans un format médiatique sclérosant, il ne nous restera plus qu'à réciter le credo de la pensée citoyenne. On est en droit de penser que  ce qui se prétend "moderne" aujourd'hui  flatte cet obscurantisme et participe au grand décervelage.  

  Christian

 Lu ce matin même dans le journal de Delacroix, une citation qui nous ramène encore à la culture : 15 mai 1822  "Ce qui fait les hommes de génie ou plutôt ce qu'ils font , ce ne sont point les idées neuves , c'est cette idée que ce qui a été dit ne l'a pas encore été assez. "

Rebonjour,

Merci beaucoup Christian pour cet extrait ! Je ne connaissais pas Darien.

Jean-Paul, je te prie de m'en excuser, mais je voudrais rebondir sur ton message, je vais donc le découper un peu pour plus de commodité et de clarté.

  « L'école que décrit Darien, est-il bien évident que ce soit celle de la IIIe République ? Vu sa date de naissance (1862), il était formé bien avant que les lois Ferry soient promulguées. Et elles ont mis une bonne dizaine d'années à être mises en pratique, tant l'enseignement catholique tenait le haut du pavé, et combattait l'école de la "Gueuse". »

Sur cela, je n'ai évidemment aucune idée.

  « Et tu as raison sur les accents rousseauistes - ce sont ceux-là même des inspirateurs de l'école laïque, Ferdinand Buisson par exemple. »

 A ce propos, où peut-on lire du Ferdinand Buisson ? Je vois que Kiné a publié des extraits de son Dictionnaire pédagogique : est-ce bon ?

  « Il y a dès le départ une double tentation dans l'école - Rousseau ou Condorcet, l'éducation ou l'instruction, selon que l'on prétend se conformer à un modèle "naturel" (en fait, politique) ou se contenter de transmettre du savoir - ce qui est tout aussi politique. »

J'aime beaucoup cette dernière précision. Mais j'irai plus loin : on ne peut pas "se contenter de transmettre du savoir" (comme on l'a d'ailleurs _montré_ sur cette liste, à mon avis), cela est une vue de l'esprit. Par "l'instruction", on éduque, qu'on le veuille ou non.

 « Et nous sommes les héritiers de cette double contrainte : à nous de nous situer d'un côté (les Pédagogues) ou de l'autre. Quant à se situer "ailleurs", comme d'aucuns en ont la tentation ces jours-ci, c'est pure utopie. »

 Je ne sais pas qui est visé par cet "ailleurs". Je signalerai donc qu'il y a deux façons de se situer hors de ce clivage : en le refusant, on peut être en-deçà ou au-delà de lui. On peut, comme je l'ai vu faire par Davidenkof je crois, prétendre le regarder de l'extérieur, en simulant une parfaite extériorité, en se lavant les mains des questions ainsi laissées en suspens, ou en les manipulant ; on peut aussi chercher un "moyen terme", une forme de pauvre "neutralité", en piochant à droite et à gauche. Je crois que c'est cette façon de renvoyer les deux tendances dos-à-dos que tu condamnes - avec raison. Mais, pour moi, son travers est de ne pas remonter à l'une des causes du problème : le régime capitaliste. Son analyse reste en-deçà du clivage pour cette raison. Car on peut également montrer que les deux tendances ne sont, dans leurs formes les plus caricaturales, que deux facettes d'une même erreur, que deux "écoles" pédagogiques, promptes à critiquer, à adopter un discours de rupture, mais en fin de compte parfaitement capables de s'intégrer dans l'école d'aujourd'hui (ou de demain), en faisant discrètement un léger inventaire, bien sûr, mais en refusant de faire remonter l'analyse - dans tous ses aspects - à l'ordre capitaliste d'aujourd'hui.

  « Marx a très bien expliqué qu'il n'existe rien d'autre que la culture dominante - i.e. bourgeoise -, et que c'est à l'intérieur de cette  culture que l'on fait la révolution. »

Tu es sûr qu'il l'a "très bien expliqué" ? Je le connais mal, il est vrai, mais je crois voir à quels - rares - textes tu fais allusion. Quoi qu'il en soit, je ne suis d'accord avec ce constat qu'en première approximation. En effet, qu'est-ce que "la culture dominante", "la" culture bourgeoise ? Bien sûr qu'il vaut mieux la culture classique que rien du tout ! Bien sûr que
celle-ci permet (a permis) sa propre critique (dans une certaine mesure, néanmoins ?). Mais faut-il pour autant ne pas interroger "la culture dominante" ? Non, évidemment. Et l'interroger ne veut probablement pas dire ne pas continuer à l'enseigner, d'ailleurs.  Seulement, ton argument ne suffit pas : "c'est à l'intérieur de cette culture que l'on fait la révolution". Quelle révolution ? Oui, c'est en effet à l'intérieur de cultures bourgeoises que se sont faites les révolutions française et russe - i.e. des révolutions bourgeoises, capitalistes. On peut faire aussi ce constat-là... Là encore, je n'en tire pas de conclusion définitive. Je n'en tire pas la conclusion qu'aucune autre révolution n'est possible à l'intérieur de la "culture dominante"... mais le soupçon me semble de rigueur.

 Quoi qu'il en soit, j'y insiste : qu'est-ce que "la culture dominante", "la" culture bourgeoise ? Il doit y avoir moyen d'affiner le constat. La culture "bourgeoise", diffusée par l'école, est loin d'être uniforme des années 1880 à 1990 : on doit pouvoir déceler (même si ce petit jeu ne m'intéresse pas beaucoup) certains contenus authentiquement "bourgeois", et d'autres beaucoup plus problématiques.

 Enfin, le mot bourgeois ne doit pas piéger : les Lumières ont apporté beaucoup. Ce n'est pas la culture "bourgeoise" qu'il faut vraiment condamner, au risque de jouer aux petits khmers rouges, c'est la culture de la soumission à l'ordre dominant - de ce point de vue, les nouveaux "contenus" de l'école sont aussi "bourgeois", si ce n'est davantage, que les anciens, malgré leur apparent "modernisme", malgré leur démagogie, etc., et ce qui pouvait être émancipateur au XVIIIe est aujourd'hui sérieusement désamorcé (même s'il peut réapparaître, je ne le nie pas). Bref, il ne s'agit pas de condamner une culture classique qui a fait ses preuves, mais de s'interroger sur les conditions de sa transmission, sur ses limites, etc.

  « Je rappelle aux grands anciens que les 68tards croulaient sous les  références littéraires classiques (et moins classiques : comme quoi le  Lagarde & Michard pouvait amener à lire Bakounine, ce à quoi n'incitent  guère les manuels d'aujourd'hui). Evidemment, les "héritiers"
 pédagogistes se recrutent surtout dans les 68tares de la JOC et autres  crypto-cathos (Meirieu !) - et nous revoici dans l'enseignement que vilipende Darien.
 »

 Les maîtres pédagogos, d'authentiques 68ards ? Lesquels ? Voilà un lieu  commun "républicain" qui me semble à vérifier. Tout au plus « post-soixante-huitards », ce qui est très différent : ils apparaissent au moment où l'utopie retombe, ils récupèrent (du moins pour ceux qui sont aux commandes aujourd'hui).

 Bien à toi,

 J.Baptiste 


JPB en réponse à Jean-Baptiste :
 
« A ce propos, où peut-on lire du Ferdinand Buisson ? Je vois que Kiné a publié des extraits de son Dictionnaire pédagogique: est-ce bon ? »

Le Dictionnaire de Buisson est absolument passionnant. Nous sommes en train d'intriguer auprès d'un éditeur ami pour qu'il en publie de larges extraits commentés. Tu peux en lire des choses intéressantes sur le site de Delord, http://michel.delord.free.fr/dp.html.
 

« Les maîtres pédagogos, d'authentiques 68ards ? Lesquels ? Voilà un lieu commun "républicain" qui me semble à vérifier. Tout au plus _post-soixante-huitards_, ce qui est très différent : ils apparaissent au moment où l'utopie retombe, ils récupèrent (du moins pour ceux qui sont aux commandes aujourd'hui). »

 C'est bien pour ça que je faisais la distinction entre 68tards et 68tares. Mais mes jeux de mots passent peut-être inaperçus — ce qui vaut sans doute mieux. La JOC a effectivement participé à 68, et s'en est dégagée via le SGEN, au début des années 70. Il faut avoir vécu ce qu'étaient les écoles normales des années 75 pour apprécier l'emprise qui se mettait en place. Voir le témoignage de Bernard sur mon blog,  http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2006/06/27/vous-avez-dit-violence.html#comments ;  à la date du 10 juillet 2006.

 JPB  

Retour à Georges Darien ...
Régis en réponse à Christian :

 Christian,

je te conseillerais également la version filmée par L. Malle (JP Belmondo dans le rôle de Randal), qui certes néglige pas mal de ce qui relève parfois du bavardage dans le bouquin, mais a su en conserver "l'esprit". Avec quelques modifications également dans le récit, notamment la scène de la mort de l'oncle, très réussie : Randal falsifie le testament de son oncle dans la chambre de son oncle agonisant, qui l'entend et le comprend, et lui fait demander notamment un enterrement civil, avec la fosse commune.L. Malle a bien compris le personnage de Randal, dont il ne fait pas un théoricien de la reprise individuelle : il donne ce rôle à Canonnier (C. Denner, excellent comme d'habitude), qui meurt dans le film, à la différence du roman. Pour confirmer cela : c'est l'abbé Lamargelle qui termine le roman sur une condamnation du despotisme du christianisme (ce en quoi Jean-Paul a raison lorsqu'il écrit que l'enseignement que Darien vilipende, c'est l'enseignement catholique), et prévoit l'avènement de l'Unique de M. Stirner. Randal, lui, annonce simplement qu'il terminera là sa carrière de voleur (alors que le film le laisse poursuivre).

Un dernier mot : le rapport de Darien à l'antisémitisme est trouble (ça se lit dans le roman). A la manière d'un O. Mirbeau, même si ce dernier a su être plus clair, et auquel je le comparerais bien davantage que L. Bloy à Darien. Sans doute l'humour également, outre le rapport à l'anarchisme, pour lequel une bonne partie de cette génération des écrivains fin-de-siècle avait des sympathies (Mallarmé, A. Daudet, R. de Gourmont, Huysmans et d'autres étaient par exemple abonnés au journal anarchiste "la révolte").
 

Bien à toi. 

 

Merci pour ce prolongement , c'est le premier roman de Darien que je lis. Concernant le rapport à l'antisémitisme, Issacar est gentiment brocardé comme la plupart des personnages du roman, d'ailleurs Darien le charge en parallèle avec le type du jeune chrétien, j'y vois davantage une dérision des religions gangrenées par l'argent et asservies au capital qu'une intention antisémite ( j'attendrai d'arriver au bout du roman pour me prononcer).  Dans la préface , il est précisé qu'il aurait publié en 1891  un roman, Les pharisiens, lequel serait une violente charge contre Charles Drumont et sa littérature antisémite.

Chapitre 3 " D'où vient chez le juif , cette précocité de pénétration ? je ne lui vois qu'une seule cause : l'observation par l'Israélite d'une règle religieuse en même temps qu'hygiénique , qui lui permet de contempler le monde sans aucun trouble, de conclure et d'apprendre à raisonner avec bon sens ; tandis que le jeune chrétien sans cesse dans les transes, passe son temps à faire des confidences aux médecins et à consterner les apothicaires."

L'ironie de Darien n'épargne personne , le ton satirique est omniprésent, tout le monde en prend pour son grade. L'abbé Lamargelle pris dans les lacets philanthropiques de l'oncle rapace est chargé de trouver le bon parti pour sa fille Charlotte ( prénom choisi en clin d'oeil à Werther) :

"C'est un philanthrope cynique . Il prête aux gens afin d'en exiger des services , mais il ne le leur cache pas.... l'abbé Lamargelle a immédiatement compris que l'interrogation couvrait un ultimatum; il s'est mis en campagne..." 

En parlant des prêtres : " Des malins ceux-là ! et qui ne sont peut-être pas les plus mauvais soutiens de la Société , bien que la bourgeoisie déclare en clignant de l'oeil que le cléricalisme c'est l'ennemi. " 

Et un dernier morceau savoureux, l'indignation de l'oncle quand il apprend que la mère de son futur gendre s'est laissé voler par son jeune amant ( le mariage sera annulé  , bien sûr)), l'ironie de Darien n'a pas pris une ride  : 

 " Penser que des capitalistes, des possédants- hommes, femmes , peu importe; le sexe disparaît devant le capital- font aussi bon marché du bien de la caste, sacrifient des intérêts supérieurs à des passions basses , oublient toute prudence , négligent toute précaution devant leurs appétits déréglés - et livrent leurs munitions en bloc à l'ennemi !  Où sont-ils ces trois cent mille francs ? Qui sait ? Peut-être entre les mains de perturbateurs prêts à engager la lutte contre les gens riches , contre nous, en dépit du code qui fait tout ce qu'il peut , pourtant, pour favoriser l'accumulation et le maintien de l'argent dans les mêmes mains ...Se laisser voler ! Ne pas veiller sur sa fortune ! c'est mille fois plus atroce que la prodigalité qui, au moins, éparpille l'or.. C'est abandonner le drapeau de  la civilisation; c'est permettre à la vieille barbarie de prévaloir contre elle . La fortune a ses obligations, je crois ! L'Eglise même nous l'enseigne..." 
 
J'allais oublier la chute : "Ah! bon Dieu  se souvenir qu'on a un sexe et oublier qu'on a un million ...C'est à vous rendre révolutionnaire !"


 Bien à vous tous, Christian
 


Régis en réponse à Christian :

 Christian,

tu as raison, bien que ce chapitre 3 débute par "On ne fait jamais la connaissance d'un Israélite, d'abord; c'est toujours lui qui fait la vôtre". Ainsi, dans la belle France, il écrit :
"Si la foule réfléchissait, elle comprendrait que la haine du juif comme juif est imbécile. Le juif n'a pas créé l'état social actuel ; cet état est contraire à ses tendances et à son caractère ; qu'il en profite souvent, ce n'est pas niable ; et qu'il ait raison d'en profiter, c'est encore plus certain. Un système meurt des abus qu'il engendre. La civilisation présente n'est pas juive ; elle est chrétienne. Ce sont les chrétiens qui l'ont fait naître, qui la supportent, et qui la défendent. Les chrétiens n'ont pas à se plaindre ; ce sont des imbéciles, voilà tout."
Ca m'a donné l'occasion de reprendre ce roman, et notamment les passages où il passe à la moulinette les tenants du socialisme scientifique, ou encore ceux de l'anarchisme (chapitres 11 à 13).
 
Bien à toi.
 

Jean-Baptiste en réponse à JPB :

 Bonjour,

 « Le Dictionnaire de Buisson est absolument passionnant. Nous sommes en train d'intriguer auprès d'un éditeur ami pour qu'il en publie de larges extraits commentés. Tu peux en lire des choses intéressantes sur le site de Delord,

http://michel.delord.free.fr/dp.html>http://michel.delord.free.fr/dp.html. »
Entendu, mais j'avais oublié de préciser : où peut-on le lire, ailleurs que sur internet ? En attendant votre édition, que penser de celle de Kiné ?

  « C'est bien pour ça que je faisais la distinction entre 68tards et 68tares. »

 Autant pour moi, en effet. Le jeu de mots n'était pas mauvais, même s'il reposait sur une seule lettre - et c'est dangereux, sur internet, où les fautes de frappes peuvent être fréquentes ! Le contexte aurait dû m'aider à percevoir la distinction.

 Au passage, tout le monde aura rectifié une petite maladresse dans mon message : c'est évidemment la révolution française qui peut être dite, sans difficulté, "bourgeoise" ; pour la révolution russe, "capitaliste" suffisait.

 Et, toujours sur le même sujet, je viens de lire de bonnes pages sur les "grandeur et déclin de la culture bourgeoise" dans "Culture prolétarienne » de Marcel Martinet (où il dénonce l'idée d'un poison définitif dans la culture bourgeoise, où il préfère l'idée de "culture humaine"). Il faudrait que je trouve un scanner : il s'agit des pages 38 à 40.

 A propos de ce qu'écrit Bernard :
 http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2006/06/27/vous-avez-dit-violence.html#comments>http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2006/06/27/vous-avez-dit-violence.html#comments à la date du 10 juillet 2006.

 C'est intéressant, en effet, mais un peu rapide. Vivement la retraite qu'on trouve tous le temps!

Bien à tous,

J.Baptiste 

 


Le débat rebondit sur la - ou des - culture(s) bourgeoise(s),
Ferdinand Buisson, « Instruction/Education » ;
des prolongement aussi sur l’antisémitisme.

 

 

 

 

Retour à la page des "Vagabondages culturels"

Retour à la page "Reflets des débats"