Billets d'humeur

 



Exposition Voltaire à la Bibliothèque Nationale - 1979
Affiche de Savignac

 

 

 

"En voiture Simone"
par Hervé, Christian et Christophe (le 25 juillet 2008)

L'Homme qui rit
par le Concombre masqué
(le 21 juillet 2008)

L'habit jaune est incontournable
signé Furax (le 12 juillet 2008)

Avec le bac , je positive ...
par le Concombre masqué (le 7 juillet 2008)

Nausée
par Marc, le 14 avril 2008

Vu sur fr.education.divers ( Avril 2008 )
Prof sous prozac

A propos des sites incitant les élèves à noter leurs professeurs …
Non, l'école n'est pas la famille
par Sylvie, le 26 février 2008

Anticipation
par Thomas, le 16 février 2008

Le rapport Pochard -Un petit florilège
par Yves, le 6 février 2008

Textes et réactions diverses

Après la grève du 24 janvier 2008
Faudrait pas prendre les connards sauvages pour des enfants du bon dieu !
ou A qui profite l'action syndicale ?

Un billet à plusieurs mains (novembre 2007 - Janvier 2008)

Commission Attali (Extrait d'un "Reflet des débats")
par Marie-Ange, le 23 janvier 2008

Heures sup - BASTA !
par le Concombre masqué, le 12 janvier 2008

Bonne année bling-bling
par Yves (le 1er janvier 2008)

Retraite des enseignants : sombres calculs !
par Rémy (le 28 décembre 2007)

Gueulante de l'emmerdé - Conte de Noël
par le Concombre masqué (le 25 décembre 2007 )

Amis de la culture offensive, bonjour
par Les Amis de Babeuf (le 3 novembre 2007)

Nous avons la science sans conscience, la ruine de l'âme, c'est pour quand ?
par Christian ( le 31 octobre 2007 )

Dura lex, sed lex ?
par Christian (le 16 octobre 2007 )

Début juin 2007
Petit échange sur la liste de discussion "Les Mots-tocsin" à propos d'un texte de
J.-B. Brighelli : "Mens sana in sano corpore"
par Christian, Françoise, Yves et Christine

le 9 mai 2007
Paloma

par le Concombre masqué

le 25 avril 2007
Le merle moqueur
par William, Marc,Chantal et Christian

Pour Roland !
par Christophe et Hervé (5 avril 2007)

Un billet reçu le vendredi 23 mars 2007
Le plus beau métier du monde (il paraît ... )

par Pascale - Enseignante dans un lycée de l'Yonne

le mercredi 14 février 2007
Ce sont les enfants qui paient le prix de la dénaturation de notre profession d'enseignant !

ou Petit mémento à l'usage des présidentiables

Un "Billet d'humeur" croisé par Christian et Jean-Baptiste

le mercredi 24 janvier 2007 - Cave canem - par Christian

Du 14 janvier au 16 janvier 2007
Faisons lever la houle pour indisposer ceux qui n'aiment pas les vagues
Un billet d'humeur à trois

Année 2006

 


 

 

 


2003

Retraite des enseignants : sombres calculs !
par Rémy
(le 28 décembre 2007)

     J'ai fait le calcul pour un collègue qui voudrait partir en retraites en 2020. Il a eu son Capes à 22 ans.

     A 60 ans, il aura donc 152 trimestres de cotisations en travaillant à temps plein. Avant la loi Fillon, il aurait eu 75 % des 6 derniers mois. En 2020 il faudra 42 annuités soit 168 trimestres.
Retraite avant décote : dernier traitement brut des 6 derniers mois X par 152/168 X 75% = 67,85%

     Ensuite il faut appliquer la décote : deux solutions:
     - 168-152= -16 trimestres
    - ou alors à 65 ans la décote ne s'applique plus en 2020 soit 5 ans de différence avec 60 ans soit -25 trimestres

     On prend le plus favorable soit -16 trimestres

     La décote serait de 1,25 en 2020 soit 1,25X16= 20%

     Il descend à 80% des 67,85% soit 54,28% du dernier traitement brut.

     De la retraite obtenue, il faut soustraire la CSG et la CRDS et éventuellement la cotisation MGEN !

  Le gouvernement vient de mettre en place une retraite additionnelle (voir ci-dessous) sur l'ISO, l'indemnité de prof principal, et les HSA. Cela va faire une belle jambe!

     NB. Les femmes sont gâtées : avant la loi Fillon un enfant comptait 4 trimestres pour la durée de service ou cotisations. Maintenant, il compte 2 trimestres pour la durée d'assurance. (La durée d'assurance qui compte pour la décote est en effet différente de la durée de cotisations)

     Je n'ose pas faire le calcul pour les catégories C et D qui vont tomber en dessous du minimum de pension!

Rémy

     Ces calculs résultent des dispositions adoptées en 2003 pour la Fonction publique générale. De nouvelles " négociations " sont prévues en 2008 … Que nous réservent-elles ?

     A travers cet exemple, on peut voir facilement le but de la manœuvre : il ne s'agit pas de " travailler plus pour gagner plus " ou de " travailler plus longtemps parce que l'on vit plus vieux", mais bien de baisser les pensions. Pourquoi ? Pour en finir avec la retraite par répartition et allez vers la retraite par capitalisation : imposer les fonds de pension ! Les financiers lorgnent depuis longtemps sur l'argent des retraites, ils vont être satisfaits …

Documents annexes (à compléter)

- La retraite additionnelle et quelques points de vue syndicaux

- Les " régimes spéciaux " : un rappel et dernières nouvelles. La durée de cotisation à 41 ans, sans attendre la fin des négociations. Une tentative de passage en force, selon les syndicats (voir par exemple cet article de Libération.fr du 26 décembre 2007) - Communiqué commun des fédérations de cheminots SUD-Rail - Force Ouvrière ( 28 décembre 2007)

- Des arguments pour le retour au 37,5 annuités pour tous par Rémy

- "Les torchons et les serviettes" par Claude Danthony, Maître de conférences de mathématiques à l'École normale supérieure de Lyon.

- Le passage à la moulinette des pensions et le recours obligé (imposé) aux fonds de pension selon Bruxelles.

A compléter (transmettez vos observatiions et suggestions : ICI ou mieux,
en participant à la liste discussion )


Gueulante de l'emmerdé
Conte de Noël

par le Concombre masqué
(le 25 décembre 2007 )


     Notre société de consommation a connu son premier orgasme commercial et nous attendons avec impatience les feux de voiture du jour de l'an. Hier, un pote menuisier, heureux propriétaire d'une vieille carcasse mécanique qui va devoir repasser le nouveau contrôle technique à prix d'or me lâchait entre la dinde et le pousse café : " Les patrons, ils s'en fichent pas mal du contrôle technique, ils changent de bagnole comme de chemise. Sur ce coup-là, c'est encore nous qui payons, si j'étais un peu couillu , je la flamberais pour Noël. "

     Il est vrai que cette putain de mécanique sociale n'engendre pas que de la sérénité, ça dépend surtout des quartiers. On parque la jeunesse, on la laisse bouillir sur le feu de la médiocrité et la casserole finit par déborder. Et ça déborde toujours sans conscience, parce que les braves gens qui nous bricolent le meilleur des mondes s'arrangent toujours pour couper les gueux des lumières de la lucidité. Dès fois qu'ils auraient la sacrée bonne idée de balancer du pavé du côté de chez Dior ! On aurait vu quelques Indiens mal léchés planter leurs tentes dans les beaux quartiers, les rupins qui promènent des pompes à 1000 euros sur le pavé lustré peuvent bien détourner les yeux et se pincer le nez, pourfendre des moulins, ça emmerde toujours un peu les meuniers du capital.

     En attendant, l'état s'offre pour trois euros six sous des gugusses diplômés qui vont servir de fusibles à une République de pieds nickelés. Les élites, elles, se sont payées sur la bête. Du député exemplaire qui s'offre une belle part de retraite très spéciale au directeur de cabinet (voire au ministre) qui balance sa morale citoyenne sans vergogne en profitant de ses 190 m2 de logement social au coeur de Paris. Ces politiciens d'opérette font dans le respectable et leur petite entreprise ne connaît pas la crise. Quant à vous, ô broussards de la République, on vous demande de bourrer le mou aux sauvageons et d'attendrir la chair à patrons : passe par ici, oriente-toi par là, honore Guy Moquet, encense le Dieu travail, il te le rendra à crédit, sois "gling gling" comme ton président, nique la culture qui ne paye pas et vénère l'Europe qui rime avec Pénélope ...

     Voilà , j'avais pas de conte de Noël sous la main , alors j'ai fait dans le populaire. Poujadiste diront les puristes. C'est la gueulante de l'emmerdé qui travaille là où ça pue. A force de gueuler bien fort, ça pourrait réveiller les mauvaises idées, celles qui font trembler les argentiers. Une petite flambée banquière pour le nouvel an : faire cramer quelques établissements respectables qui font leur beurre sur le dos des endettés de la croissance. Je suis tellement remonté que je serais bien fichu d'applaudir "l'acte odieux", comme ils disent.

     Tiens, maintenant j'entends une petite voix céleste … ça ne s'arrange pas ! Si ça se trouve, c'est encore la BVM qui radine, c'est vrai que j'lai un peu planqué sous le boisseau son divin lardon :

     "Du calme mon KIKI (c'est le surnom de votre serviteur quand il ne pointe pas à la fornication nationale), faudrait peut-être songer à rester dans les clous de la conformité, toi aussi tu passes chaque mois à la gamelle, si tu veux être bien traité, va falloir en rabattre un peu et penser comme il faut, on t'a pas élevé pour cracher dans la soupe. Les origines sociales, c'est comme les maladies honteuses, ça se soigne. On a ouvert une maison de tolérance pour te purger les idées noires, va voir la faiseuse d'anges du PS, elle s'occupera de ton cas. On n'a pas inventé Noël pour accoucher de révolutionnaires, nom de Dieu ! "

Merde à la petite voix

Le Concombre masqué

Amis de la culture offensive, bonjour

par les Amis de Babeuf
(le 3 novembre 2007)

     Un message du 3 novembre 2007 en pleine polémique (sur la liste de discussion) à propos de la politique actuelle et des mouvements d'oppositions qui commencent à s'organiser. Une réponse, notamment à ces remarques d'un colistier : 'Une seule chose m'intéresse : tel dispositif est-il conforme à l'intérêt général ?" ... "Ou bien tout simplement que les recettes de la droite marchent [-elles] mieux que celles de la gauche ?"

Amis de la culture offensive, bonjour

Buonarotti 1828 (camarade de Babeuf) :

     " Il fut toujours difficile aux hommes de s'entendre pour établir un ordre social raisonnable. Ce fut par le commerce des superfluités et par les arts du luxe, que nos pères arrachèrent sans violence aux favoris de la féodalité une partie de leurs richesse. Des esclaves devenant ainsi nécessaires à leurs maîtres, en affaiblirent la puissance. Un mal qui servit de remède à un autre fut pris pour le suprême bien, au point que pour beaucoup de gens, la liberté n'est autre chose que la faculté illimitée d'acquérir."

     Face aux lieux communs de la médiocrité politique, je ne souhaite pas rester silencieux, que vaut une lucidité qui reste muette devant l'idéologie dominante ? C'est parce que nous avons vocation à diffuser nos idées et à les partager que nous devons les marteler sans cesse, sauf à accepter de les voir disparaître corps et biens.

     L'intérêt général revendiqué pour justifier les régressions sociales et politiques relève de la mystification idéologique telle que la définit Montesquieu dans "L'Esprit des lois" :

     " L'homme cet être flexible, formulant déjà toute la théorie de la mystification idéologique, se pliant dans la société aux pensées, aux impressions des autres, est également capable de connaître sa propre nature si on la lui montre, et d'en perdre jusqu'au sentiment lorsqu'on la lui dérobe."

     Pierre Barbéris dans son étude "Au source du réalisme, aristocrates et bourgeois"* analyse dans une perspective diachronique les fondamentaux de la pensée bourgeoise, il cite Voltaire qui écrit dans le siècle de Louis XIV : "Le manoeuvre, l'ouvrier doit être réduit au nécessaire pour travailler : telle est la nature de l'homme...Il faut que ce grand nombre d'hommes soit pauvre mais il ne faut pas qu'il soit misérable." Le ver était déjà dans le fruit.

     Barbéris éclaire les pamphlets "feuillant" d'un Chénier qui s'en prend à cette classe de citoyens mécontente ( il se garde bien de dire pourquoi), Chénier reproche à cette classe de dire que "la bourgeoisie n'est plus aussi attachée à la Révolution"( Journal de Paris, 1791). La bourgeoisie ayant fait Sa révolution n'en veut point d'une autre, ayant obtenu Sa liberté, elle ne veut point d'une liberté populaire qui menacerait la sienne, c'est pourquoi elle s'identifie avec le pays, monopolise le mot peuple et prétend parler au nom de tous :
 
     "[…] cette classe (la bourgeoisie) ... étant celle qui est placée à distance égale entre les vices de l'opulence et ceux de la misère, entre les prodigalités du luxe et les extrêmes besoin, fait essentiellement la masse du vrai peuple. "

     Chénier ne voit dans les troubles qui éclatent un peu partout que "les vices d'une multitude oisive et ignorante". Et l'on voit apparaître bientôt l'imposture bien connue, le fameux "intérêt général" camouflage de l'intérêt de classe. Le doux poète vilipende ces oisifs ( c'est-à-dire ces chômeurs), ces ignorants, ces violents qui prétendent être le peuple et à qui Chénier refuse la qualité de citoyen :

     " Tous ou presque tous, gens sans aveu, sans propriétés, sans famille, sans aucun intérêt à quelque gouvernement que ce puisse être."

     Ils ne possèdent rien et ils prétendent à la parole. Qu'ils se tiennent sagement à leur place ! A qui appartient la liberté ?

     " La faculté de se réunir n'appartient pas exclusivement aux patriotes mais à quiconque veut la payer. "

     Nous retrouvons à travers cette étude une jolie filiation dont les vilipendeurs de l'action contestataire sont les dignes héritiers. Ceux qui ne se satisfont pas d'une citoyenneté vide de sens et qui veulent conquérir une liberté véritable sont méprisés à plus forte raison s'ils sont misérables. Ce n'est pas eux que l'on gouverne. Ils n'ont pas voix au chapitre. Comme dira Malraux en d'autres circonstances "La liberté appartient à ceux qui l'ont conquise", Chénier précise d'ailleurs : "à ceux qui peuvent en faire quelque chose", c'est-à-dire à ceux qui peuvent s'en servir pour augmenter les richesses des possédants.

     On voit déjà comment peut être limité aux intérêts d'une classe un mouvement que les intellectuels bourgeois avaient présenté comme un mouvement d'émancipation universel. Plutôt la monarchie, plutôt l'étranger même qu'une République où les conquêtes juridiques et politiques pourraient devenir une arme d'émancipation populaire. Menacée dans ses privilèges la bourgeoisie renoncera à sa propre légalité et à certaines libertés politiques pour sauvegarder ses intérêts matériels. Etait-ce cela que voulait dire Montesquieu lorsqu'il écrit : " L'usage des peuples les plus libres qui aient jamais été sur la terre, me fait croire qu'il y a des cas où il faut mettre un voile sur la liberté comme on cache la statue des dieux" ?


     Quand Saint-Just dira " Pas de liberté pour les ennemis de la liberté", il s'agit de savoir de quelle liberté on parle. La liberté n'est pas une abstraction philosophique : elle se vit et se réalise en termes politiques et sociaux. Elle est toujours liberté de quelqu'un, liberté d'une classe.
 
     Plus tard, la Restauration va consacrer une nouvelle féodalité, celle de l'argent : " Désormais, seuls l'argent et les talents compteront" ( Labrousse). La loi Le Chapelier depuis 1791 ( qui proscrit les coalitions et les rassemblements ouvriers et paysans et a pour effet d'interdire les syndicats et les grèves) garantit jusqu'en 1864 l'ordre social contre toute velléité de résistance populaire "au progrès" bourgeois et l'Eglise, réinstallée et fonctionnarisée par le Concordat, contribue efficacement au maintien de l'ordre moral .... Benjamin Constant pouvait bien agiter ses grands mots, rien n'empêchait que s'installât une nouvelle tyrannie, plus insaisissable et plus hypocrite que l'autre (l'Empire) ... Oui, on était libres, mais libres de quoi faire, de quoi dire, de quoi penser ? D'admirer des renégats et des traîtres, de se plier à la loi de l'égoïsme et du profit, d'accepter l'universelle médiocrité ? ... Seuls les grands requins de Balzac sont vraiment libres, c'est-à-dire ceux qui sont directement engagés dans la course au trésor, ceux qui ne "jugent pas" leur action mais se contentent de la vivre sans conscience.

     Cette perspective historique proposée par Barbéris éclaire, me semble-t-il, le substrat idéologique de certains discours qui n'ont d'autre but aujourd'hui que de châtrer toute forme de contestation et d'écraser l'effort de lucidité face à l'ordre mondialisé que l'on veut nous imposer par le détour des règles européennes et la casse des solidarités. C'est bien la dictature d'une classe qui se prépare, elle avance ses pions sous le masque hypocrite de l'intérêt général. Face à ces nouveaux requins, une prise de conscience est nécessaire mais pas seulement, sous peine de voir s'installer à nouveau un régime encore plus castrateur (parce que librement consenti) que celui cadenassé par la loi Le Chapelier.


Les Amis de Babeuf


* Pierre Barbéris - Au source du réalisme, aristocrates et bourgeois : du texte à l'histoire - Union Générale d'Edition - 1978 (collection 10/18)


Nous avons la science sans conscience,
la ruine de l'âme, c'est pour quand ?

par Christian
( le 31 octobre 2007 )

A propos des dernières déclarations de Xavier Darcos (voir les articles du Monde ou du Figaro )

          Hervé, le 30 octobre 2007 :

     A propos de sous [le sujet du message d'Hervé était l'augmentation du salaire de notre omniprésident], vous avez entendu comment Darcos règlait la question de l'augmentation de nos salaires ? Mais c'est bien sûr, par les heures supplémentaires défiscalisées ! Et il en a profité pour dire qu'il fallait travailler "différemment". Cela ne vous rappelle rien ?

        Réponse de Christian le 31 octobre 2007 :

        Bonjour Hervé,

       "Travailler autrement"? on le sentait bien revenir, celui-là. Pour sûr que le prof qui multiplie les heures sup tout en se coltinant des classes à plus de trente marmots mal "élevés", va devoir faire tout autre chose qu'enseigner. On a beau caresser le grip (1) et JPB (2) dans le sens de la reconnaissance, cette logique comptable mène encore et toujours à la destruction de l'école telle que nous pouvions la respecter. J'ai même la faiblesse de penser ( pour l'avoir plusieurs fois vérifié) que les zélés qui multiplient les signes d'activité et tirent la couverture à eux sont de grands maîtres fumistes plus soucieux de tirer leur épingle du jeu que d'instruire, les autres se désolent de voir leur profession jetée aux cochons ( Meirieu et la clique des pédagos sont en embuscade ! ) avec l'avenir du plus grand nombre.

       Je me demande quelle contorsion pédagogique JPB va proposer à ses fans pour leur faire suivre le traitement du docteur Darcos. C'est un vrai travail de thanatopracteur, il s'agit de raviver les couleurs de la défunte Instruction ... Je sens que le fatalisme pragmatique qui nous dédouane de tout effort critique a de beaux jours devant lui : il va bien falloir prendre en compte, s'adapter, se soumettre, travailler autrement ...

      Le rapport à notre matière, pour devenir fructueux, se construit dans la durée, la rigueur et la cohérence. On ne nous promet rien de tout cela. En ces temps difficiles, on ne voit plus d'autre utilité à la lecture que l'évasion du petit bourgeois ( Marc Lévi se vend bien même à la présidence). Si on accepte leur point de vue, il est inutile d'éveiller l'intelligence, sauf à rendre les enfants malheureux. D'ailleurs, tous les esclaves vous le diront : ce qu'ils veulent c'est bosser, bosser, bosser. Il faut croire que le temps libre les terrifie. Et puis tout cela ne serait pas très conforme à la dictature du travail souriant que le bonheur capitaliste impose à ses cadres. De là à commander un dernier sourire au thanatopracteur pour faire rayonner le visage éternel du défunt qui avait pourtant tout réussi (sa femme, ses enfants, son divorce , sa carrière, sa cure de désintox et son suicide...) il n'y a qu'un pas.

        Nous avons la science sans conscience, la ruine de l'âme, c'est pour quand ?

Christian

1. Le GRIP : voir le site, ICI.
2. JPB : Jean-Paul Brighelli (voir son blog : Bonnet d'âne)

 

Dura lex, sed lex ?

par Christian
( le 16 octobre 2007 )

          Les internes semblent prêts à entrer dans la lutte , ils ont bien compris que les mesures décrétées ouvrent la voie du déconventionnement et de la médecine à deux vitesses. A ce sujet, une enquête concernant l'Angleterre met en évidence les paradoxes attendus de la libéralisation. Les soins dentaires ne sont plus assurés par les services publics , pour être suivi par des cabinets dotés d'une technologie futuriste, il faut payer des sommes exorbitantes alors que le vulgum pecus, incapable d'un tel luxe, est abandonné à des méthodes que l'on croyait oubliées depuis le siècle de Dickens : boire une demi bouteille de whisky pour s'arracher une dent avec une pince, plombages et couronnes au mastic ou à la glu ...Ces pratiques annoncent le retour en grâce d'un capitalisme dur qui peut se passer d'une partie non négligeable de la société et qui va imposer aux citoyens un nouveau régime de fer. Nous avons déjà établi que le gouvernement français ne faisait rien d'autre que reprendre les méthodes de Thatcher. Nos voisins britanniques nous offrent un point de vue édifiant sur le meilleur des mondes : les uns s'accaparent les bienfaits d'une technologie de pointe, les autres sont jetés aux poubelles de la société. Nous assistons à une restauration des Privilèges qui fera cohabiter les avancées du progrès matériel avec la cruauté d'un Régime archaïque et brutal. Quand les lois se mettent au service de l'iniquité la plus sauvage, elles deviennent scélérates .

          Faut-il encore évoquer les Etats-unis ( unis pour le pire) qui cautionnent une pieuvre banquière parfaitement légale, laquelle s'apprête, au nom de la fluctuation des marchés et de l'escroquerie des "subprimes", à mettre sur le pavé 7 millions d'individus parfaitement insérés ( parmi eux des enseignants) qui ont eu pour seul tort celui d'emprunter à des voyous sans scrupule ? Tout cela se passe dans l'indifférence générale, les victimes, elles-mêmes, semblent honteuses et résignées. Notre MEDEF, lui, n'est pas encore aussi efficace, il se fait prendre la main dans la poche de l'ouvrier métallurgiste. Allons-nous banaliser l'horreur économique ? Troquer les valeurs universelles des Lumières contre leur concurrence libre et non faussée qui nous impose un régime d'esclavage moderne au nom du cynisme globalisé ? Je ne suis pas convaincu que la tendance puisse être renversée si facilement mais se soumettre, c'est renier des siècles d'efforts tendus vers la lucidité. Se taire, c'est laisser le champ libre à la barbarie officielle. Nous en revenons à la double nécessité d'organiser la résistance et de réveiller l'indignation. Notre pays doit s'efforcer de sortir de cet état d'abrutissement médusé qui le laisse, pantelant, aux pieds de piètres marionnettistes.

          Non seulement la loi du capital est dure mais elle nous écarte des valeurs universelles fondées sur la raison.


Christian

Petit échange sur la liste de discussion "Les Mots-tocsin"
à propos d'un texte de J.-B. Brighelli :
"Mens sana in sano corpore"
du 1er juin 2007 sur son blog : Bonnet d'âne

La toute première urgence?

     Je suis toujours avec attention les développements de JPB sur son blog. Aujourd'hui, Sparte et Rome sont à l'honneur. Il s'agit de remettre l'effort physique et l'esprit de compétition au centre des pratiques scolaires. Une toute première urgence selon notre bel esprit , lequel n'a jamais hésité à descendre de son piédestal culturel pour livrer bataille dans l'arène de France. On peut se demander s'il n'a pas réalisé,à lui seul, une brillante synthèse entre le " panem et circenses" et le "mens sana in sano corpore" dont il se réclame dans son dernier billet . Evidemment, toute coïncidence avec le programme d'un jogger président serait purement fortuite. Ceci n'est pas de la propagande ministérielle, qu'on se le dise. Transformer les ramollis du bulbe en féroces gagnants, c'est la magie du progrès social et celui qui crie "Maréchal..." n'est qu'un pisse froid.

     Comme si on pouvait purger la société de ses maux en faisant marcher cette jeunesse au pas de la logique capitaliste ( curieusement ce mot n'est jamais prononcé , sans doute parce qu'il ne se discute pas). Quel idéal ont-ils à leur proposer pour que l'utopie du Lycée d'Aristote se réalise dans nos classes ? Le TGV libéral laisse plus de monde sur le quai qu'il ne prend de voyageurs. Une foule disciplinée que l'on invite à célébrer les vainqueurs , voilà donc tout ce qui reste de l'esprit des Lumières !

     Car c'est bien l'Humanisme et le retour à l'Antique que l'on porte à sa boutonnière. La contestation de l'ordre politique n'est plus au menu. Travaillez à devenir des gagnants et ne vous posez surtout pas la question des objectifs, l'essentiel pour le plus grand nombre, c'est de participer.


Christian
(lundi 4 juin 2007)

Spartiate un jour, spartiate toujours

     Effectivement, la lecture de cet éloge du spartiate - "Spartiate un jour, spartiate toujours" - m'a fait irrésistiblement penser à une autre époque... Non, non, je ne ne compare pas ce qui n'est pas comparable! Mais tout de même :

     " Nous avons à restaurer la France. Montrez-la au monde qui l’observe, à l’adversaire qui l’occupe, dans tout son calme, tout son labeur et toute sa dignité. Notre défaite est venue de notre relâchement. L’esprit de jouissance détruit ce que l’esprit de sacrifice a édifié. C’est à un redressement intellectuel et moral que d’abord je vous convie. " [...]" Il y avait à la base de notre système éducatif une illusion profonde : c’était de croire qu’il suffisait d’instruire les esprits pour former les cœurs et pour tremper les caractères … La formation d’une jeunesse sportive répond à une partie de ce problème. "

     Qu'en pensent nos collègues, professeurs de ballon?

    Notre ex-colistier (futur conseiller technique de Darcos ? ) a tout de même de beaux élans : "Il est de toute première urgence de rétablir un état d’esprit sainement compétitif parce qu’il ne peut y avoir d’autre projet que d’être parmi les meilleurs."

     Et tu dis, Christian, que le mot "capitalisme" n'est jamais prononcé : il m'a semblé le lire bien souvent, entre les lignes...

Françoise
(lundi 4 juin 2007)

Citius, altius, fortius

     "Citius, altius, fortius : la compétition, et elle seule, le goût de la performance, l’envie de se dépasser en dépassant les autres, voilà ce qui fait des citoyens — et pas l’inverse."Jean-Paul Brighelli

     Belle conclusion! Non? Avec cette devise de Coubertin - c'est bien une référence volontaire, non? - le "en dépassant les autres" est vraiment de trop, à mon humble avis ! Et en plus, ça ne marche pas! Cette société montre bien que ceux qui gagnent ne sont pas vraiment les meilleurs. Ou alors c'est du cynisme! Et, à propos de d'élitisme et de cette "saine compétition", il y a finalement bien peu d'élus, toujours les mêmes ou presque ! Le film de Costa-Gravas, "Le Couperet", me semble une bonne illustration de cette loterie macabre où "le gagnant" est bien "le meilleur", c'est vrai, mais à quel prix ? Les jeux sont truqués, pourris... C'est d'ailleurs Lagardère qui a déclaré que " Pierre de Coubertin avait tort quand il disait que l'important c'est de participer, l'important c'est de gagner. " En sport comme en affaires, seul le profit compte... Les vrais valeurs de l'Olympisme, tu parles...

Yves
(mardi 5 juin)

Raisonnement analogique

      Je sais bien que le raisonnement analogique a ses limites mais tout de même la mariée est trop belle pour ne pas se laisser tenter.

     On parle de rêve français, on s'offre un président jogger à la Clinton, on veut libéraliser l'éducation en supprimant la carte scolaire au lieu de faire éclater les ghettos culturels , en réformant l'université, en ouvrant l'école ( la pédagogie ?) aux parents ...Et on vient nous vanter les vertus de l'exercice et de la performance. Si on veut bien se référer au modèle américain,on peut constater à quel point l'exemplarité du sport a produit des effets miraculeux sur les classes paupérisées et sur l'obésité galopante. La société du spectacle abrutit les consciences au lieu de les émanciper. Quand le culte de la performance tourne à l'obsession, il finit par justifier les moyens les plus veules. Une telle exaltation de l'ego ne peut que peut déséquilibrer une société à plus forte raison si elle ne ne plonge pas ses racines dans un un esprit solidaire et une solide culture car c'est d'abord la lecture qui agrandit l'âme de l' Ingénu comme le souligne Voltaire qui est, j'ose l'espérer, toujours d'actualité.

     De la culture avant toute chose et cette réflexion de Mauriac :

     

     J'admire certes le grand peuple américain; mais ce peuple , par bien des aspects de son génie m'est plus étranger qu'aucun autre. Je ne l'ai jamais visité. A quoi bon ? Lui, il a fait beaucoup plus que nous visiter : il nous a transformés. Le rythme de notre vie quotidienne est accordé au sien. Sa musique orchestre nos journées par des millions de disques. Des milliers de films , sur tous les écrans de Paris, de la province , nous imposent en toute matière son idée : un certain type de femme stéréotypé , la star interchangeable , mais par dessus tout le culte, l'idolâtrie de la technique , de toutes les techniques auxquelles l'homme s'asservit , la folie de la vitesse, ce tournis qui affecte tous les moutons de l'Occident, une trépidation à laquelle aucun de nous n'échappe : une démesure en toutes choses, qui est la chose la moins conforme à notre génie.
"On ne comprend rien à la civilisation moderne, écrivait Georges Bernanos en 1945 si on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure..." François Mauriac, Dernier Bloc-notes, 1968- 1970

     Heureusement le génie français, qui s'est choisi un despote éclairé, ne connaîtra plus de tels excès...

Bien à vous tous, Christian
(Mardi 5 juin 2007)

Du pain et des jeux pour « morphiniser les révoltes,
passer les consciences au bromure » (D Sallenave)

(Réponse de Christine à Françoise )

    Le prof de ballon que je suis, s’amuse en voyant les tentatives de récupération des bienfaits du sport.
    Du pain et des jeux pour « morphiniser les révoltes, passer les consciences au bromure » (D Sallenave), le reste n’est qu’illusion.
    Etre le gagnant serait synonyme d’être le meilleur ? Bigre !
    Triche, drogues, malversation sont plus à même d’amener la victoire, dans ce monde ci.
    Décidemment le culte du meilleur et du gagnant m’épouvante, tous les cultes m’épouvantent d’ailleurs.
   La confiscation des profits par le plus petit nombre fait partie des conséquences de cette pensée et les valets des pouvoirs font diversion en « dissertant » sur l’échec de l’école, la violence des banlieues ...
   L’esprit de soumission (que quelques trop rares citoyens, non encore lobotomisés, déplorent chez nombre de nos compatriotes) laisse sans défense et sans esprit critique la masse sous informée.
   Qu’ils aillent courir pour développer leur corps, qu’ils écoutent nos philosophes, « lubrificateurs de la machine sociale » (Pelletier), cela n’augure en rien de la capacité des citoyens à décrypter le monde de mensonges dans lequel ils baignent et s’endorment.
    Et c’est pour cela que le système éducatif est condamné : L’ Ecole pourrait gêner cette belle entreprise de destruction de l’esprit critique.

Christine
(mercredi 6 juin 2007)

Le débat continue...
Jean-Paul Brighelli (qui a réagi en privé) a été invité à y participer, bien entendu.

 

Paloma
par le Concombre masqué
( le 9 mai 2007)

 

Sarkozy c'est un peu comme le Da Vinci code : une énigme captivante. On l'avait même annoncé dans un monastère. Et ce nom "Paloma" ... mais si, mais c'est bien sûr , Mireille Mathieu nous avait donné un indice en lâchant ses mille colombes devant une France en liesse. Les fans vont se régaler, un passionnant jeu de pistes, enfin de la télé réalité présidentielle. Vivement le loft gouvernemental !


 

      Comment pourrions-nous douter de cette évidence sur cette liste [en écho à la discussion - qui reste ouverte et se poursuit - entre les colistiers des Mots-Tocsin ] ? Sarkozy est aussi le résultat des années Mitterrand, ce que le parvenu peut se permettre aujourd'hui n'est possible que grâce au travail du monarque socialiste dont l'intelligence , pareille à ces petits vers qui rongent le bois opiniâtrement, a réduit la politique de gauche à une poussière électorale. Il faut reconnaître que la mondialisation capitaliste l'a bien aidé. Comme toujours , il est plus confortable de se soumettre que de résister. Mitterrand a collaboré efficacement et a initié le mouvement des réformes à tel point qu'il fera sans doute l'unanimité chez les historiens à la solde du capital. Heureusement, ses héritiers n'ont pas son envergure intellectuelle et politique : Jospin a été un technicien laborieux au service de l'Europe du fric et la Royal se contente de reprendre au grand maître sa gestuelle et ses petites phrases à défaut de posséder son habileté et sa sagacité : voulant faire l'ange , elle a fait la bête .

     Le mal est fait. Le peuple s'est laissé promener et les intellectuels de gauche , si tant est qu'ils existent encore, ont laissé faire et se sont même ralliés à une pensée caviardée. Aujourd'hui, nous avons franchi une étape supplémentaire: avant Sarkozy , on dégustait le foie gras dans la coulisse , aujourd'hui, ce pouvoir est assez solide pour intrôniser des parvenus qui l'exerceront dans le mépris : chacun sera à la place qu'il mérite et pourra se gonfler d'importance pour mieux cultiver le mépris de l'autre et singer la condescendance du parvenu. Je les entends déjà ces braves collègues, sarkoziens silencieux : " La culture à ceux qui la méritent, pourquoi donner de la confiture à des cochons ?" On le murmurait avant , bientôt on l'assumera pleinement.

     Quant à l'ouvrier, on l'enferme dans une guerre de position absurde. Le jeu consiste à se battre contre le patronat (ou le gouvernement) pour finir par reculer au son des trompettes syndicales. Pendant ce temps-là, les hommes de pouvoir votent des lois qui font autant de dégâts dans le monde travail que les obus de 14. Dans le meilleur des cas , on parle de départ volontaire ( les fonctionnaires n'auront pas cette chance, on les usera jusqu'à la corde...), dans tous les cas on dégraisse et on précarise. On nous dit de ne pas voter , que tout cela c'est bonnet blanc et blanc bonnet et on nous renvoie dans la tranchée en laissant le bonnet du capital légiférer tranquillement. Je le répète une fois encore , sans une représentation politique crédible et rassembleuse, ces gens-là nous boufferont jusqu'au trognon.On n'épongera pas 14 ans de règne mitterrandien suivi de 12 ans de relance chiraquienne avec des discours enflammés et des actions disparates. Il est urgent de constituer une véritable force de rupture [...]. Pour liquider la gauche et la droite caviar, il faudra bien qu'un nouveau mouvement apparaisse, sinon , les luttes menées sur le terrain seront vouées à l'échec, il ne restera aux travailleurs que l'écoeurement et le découragement.


Bien à vous tous,

Le Concombre masqué


Le merle moqueur
par William, Marc, Chantal et Christian
(25 avril 2007)

 

     Dans le journal gratuit "20 minutes" du 16 avril, figure une interview de Nicolas Sarkozy. Entre autres sujets, il y parle de l'université et prend pour exemple de filière inutile, et qui ne devrait plus être prise en charge par les fonds publics, l'enseignement de la "littérature ancienne" :
     "Le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1 000 étudiants pour deux postes. L'Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois que dans des filières où on a 5 000 étudiants pour 250 emplois. Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable, mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes."

William

     No comment.
    On sait dans quel monde on vit. L'état n'a pas à apprendre à ses jeunes à penser, mais à produire. Les cultiver? Pouah ! Mais vous voulez faire quoi de nos jeunes ? Des femmes et des hommes cultivés, voire libres ? Mais atterrissez, que diable ! Revenez aux réalités ! C'est fini, les errements du passé ! Le monde avance, la France bouge ! Nous sommes entrés dans la modernité ! Il faut que nos jeunes soient PRO-DUC-TIFS ! Que notre enseignement soit efficace, que nos investissements rapportent, que le règne de l'euro vienne !
     Il y aura peut-être un jour ou l'autre des dégâts collatéraux, une tuerie par exemple dans une université quelconque... ou dans un IUFM... (J'ai des idées sur la localisation, si on en manque...) Mais baste ! On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs ! (persiste et signe : je sais quels oeufs casser !)
Savoir quelle sera la prochaine reine-pondeuse (ou roi-pondeur, même combat !) n'est pas un suspense, le seul problème est de savoir s'il restera assez d'êtres libres pour foutre un magistral coup de pied dans la fourmilière, et quand.
     C'est mal parti, très, très mal parti.
     Nous allons, de plus, à partir de fin juin, connaître cet épisode exaltant qu'on nomme "état de grâce". Ça dure dans les trois cents jours, d'après Mitterand, parfois plus, parfois moins mais toujours trop.
Vivement le printemps, l'autre, le suivant...
     ...à moins qu'aucun être libre ne se soit révélé d'ici là. Pour ce qui me concerne, j'ai fait ressemeler mes godasses, je suis prêt. Et pas pour être un godillot, je vous le dis !
     Je ne sais pas si c'est lié à l'effet de serre, mais j'étouffe, moi, ces temps-ci !
    Heureusement, il me reste mon potager, et les merles qui ont l'air de se foutre de ma gueule dans le grand cèdre, chose dont je les remercie. Eux sont libres, semble-t-il, et à un point tel que j'ai parfois envie de monter dans le grand cèdre, comme le fait mon chat, non pour les pourchasser mais pour siffler avec eux tandis que la merlette se laisse désirer, perchée au bout de la branche... (ouh ! Il fait chaud ! Sais pas si c'est l'effet de serre...)
     Mais il faut bien que j'assume mon appartenance à mon espèce, même si c'est une espèce de cons.
     (Chaque fois que j'emploie ce mot, et je ne m'en prive pas, c'est toujours avec un peu de remords, et je pense à cette chanson de Brassens : celui qui a inventé cette insulte en était un fameux...
"Tendre corps féminin...")

     Bon ! Tout ça pour encourager : pas de désespérance... On finira bien, au fond de l'abîme, par trouver le terrain solide dans lequel donner le coup de talon qui nous fera remonter.

     Bien à vous,

Marc

     Sale temps tout de même pour les merles siffleurs! Sifflent trop, sont trop volages! Trop libres, là-haut sur leurs branches! Alors la chasse depuis longtemps ouverte au merle persiffleur, car ce n'est pas d'hier qu'on les zieute ces empêcheurs de dormir en rond, s'organise, se précise. Trop de gêne dans l'voisinnage! Même que l'autre jour, un qu'essayait de compter ses sous y arrivait pas, tellement il en avait d'abord, de sous, mais tellement aussi les moqueurs le gênaient. Y'a ceux qui pensent que siffler comme ça pourrait bien être de l'ordre du gène, de l'inné, et qu'avec un bon encageage on en viendra à bout. Un grand filet au-dessus du grand cèdre, et hop, les emplumés au mitard! Se débattront bien un peu, donneront du bec, criailleront, y laisseront des plumes, des tas de plumes - bien fait, ça servira - et puis, clic clac, tranquilles. Ouf! Pourront enfin les compter et recompter leurs sous et ronfler sur leurs paillasses si bien rembourrées des plumes piquées aux emplumés. Y'a en d'autres qui voudraient apprendre aux siffleurs à siffler en rond. C'est vrai quoi, vous avez remarqué aussi que ces merles-là n'ont rien des pigeons ou des coucous. C'est fou comme ça peut discorder une bande de merles et de merlettes. C'est chiant! Sans rire, on peut pas rester sous le grand cèdre à compter et recompter ses sous sans recevoir des fientes sur nos beaux habits de ministres et nos belles robes roses. Les perroquets. Ah les perroquets! Si tous ces zoiseaux pouvaient être comme eux, la chaîne à la patte sur leur perchoir, l'oeil rond, répétant, et seulement quand on leur demande ou quand on leur lance une cacahuète, ce qu'on veut entendre."Merci patron. Merci patron. Merci patron..." Ils sont même un peu drôles les bougres. Pathétiques. Tiens, c'est une idée ça, on va leur envoyer nos meilleurs perroquets pour leur faire la juste leçon. C'est ce que d'autres pensent.

     En attendant, ils voient venir le coup, les zoizeaux siffleurs! Le filet, la cage ou la leçon de chant obligatoire à l'insu de leur plein gré. Sont mal les zoizeaux! Piégés! Et en plus on leur demande de choisir! Pondent des déclarations solennelles, tiennent de longs discours, sifflent à qui mieux mieux*. Qui pour la cage, au moins ce sera clair, et si on commence par les merles d'autres zoizeaux suivront ( z'ont déjà commencé avec les zoizeaux des îles et on a bien vu qu'ils ont eu tout de même pas mal de fil de fer barbelé à retordre, pas si simple d'encager, de karchériser, de chartériser, ça solidarise le peuple des emplumés ), qui pour la chaîne à la patte et le juste perchoir, dans le fond on aura notre cacahuète, et notre mot à dire. Toujours le même? Oui, c'est vrai, mais on pourra siffler encore un peu... Siffler juste, avec ordre... Finies les parties de plumes en l'air avec la merlette...

     Ah zut! Quel air va-t-on siffler en mai?

     Sont mal barrés les merles moqueurs!

Chantal,
une merlette qui ne sait plus à quelle branche se vouer...
Merle alors!

* Et comme le dit Queneau :

"L'oiseau cru fait cui-cui
L'oiseau cuit
Ne le fait plus "


Cuit! Cuit! ...

Un rebond de Christian, dans le fil de ce billet d'humeur :

     Si je devais soutenir l'intérêt que nous aurions à voter Royal , ce serait uniquement celui de la lutte. Alors, bien sûr, nous retombons dans une logique tacticienne. Je m'explique : j'ai l'objective conviction que la madone sera battue aux élections. D'ailleurs, quand bien même elle serait élue , les opposants au régime libéral de la bande des trois n'auront plus que la rue ou l'action politique ( encore à définir) pour peser sur des réalités sociales que ces gens-là vont continuer de dégrader.

     Il me semble que plus le scrutin sera serré plus la rue conservera un semblant de légitimité. A partir de là , puisque l' on peut envisager une défaite des "socialistes du centre", je me demande s'il n'est pas bon de préparer le terrain pour des contestations plus frontales. Evidemment ce n'est pas une profession de foi ... bien au contraire, il s'agit de garder une fenêtre ouverte sur le dernier espace démocratique qui pourrait bien subsister. Car la question qui se pose , c'est bien celle de l'espace que l'opposition anti-libérale pourra préserver. Un Sarkozy élu avec une marge importante risque d'écraser toute forme de protestation... Rien ne dit qu'il ne le fasse pas avec une encolure d'avance mais au moins la rue conserverait aux yeux des "démocrates de la servitude volontaire " une voix légitime : ne sentez-vous pas cette volonté de réduire la véritable opposition à un rôle de potiche digne d'un conseil d'administration, comme si on voulait l'énerver ( au sens de l'amollir, de la priver de son énergie) pour conduire le pays à la réforme ? Mon discours ne vise pas à élire Royal ni Sarkozy, seulement à essayer d' ôter à ceux qui vont s'octroyer tous les pouvoirs l'argument fallacieux d'une représentation indiscutable. Action ridicule, aussi ridicule que ce que représentent mes idées dans l'opinion, me semble-t-il.

     On peut aussi penser que la posture abstentionniste reste plus séduisante, moi , je n'ai pas vraiment tranché. Je n'attends rien de bon du social des régions de miss Royal. J'ai seulement peur, qu'après avoir fait partie de la minorité qui n'aura pas voté, d'être obligé de rester le cul assis sur mes idées et le coeur drapé dans ma posture après que Sarkozy aura été élu triomphalement et investi des pleins pouvoirs par "son peuple" . Bien sûr on pourra toujours signer des pétitions en ligne ou attendre l'apparition d'un parti schivardien qui va renouveler l'action politique... Hard times pour les anti- libéraux, hélas !!!

 

Et :

Manifeste de la Maison des Ecrivains et de la Société civile des auteurs multimédia,
pour la place de la littérature à la télévision

Pétition à signer en ligne
(consulter les réponses des candidats à la Présidentielle, à la même adresse)

Voir aussi dans notre rubrique "Actions", colonne de droite.



Pour Roland !

par Christophe et Hervé (4 avril 2007)

Conformément aux engagements pris par le ministre,
la décision de mutation de Roland Veuillet est en cours
Communiqué de presse - Gilles de Robien 04/04/2007 - Ci-dessous

 

Le site "Justice pour Roland Veuillet"

   Christophe : " Je suis très heureux pour Roland Veuillet. Et je ressens tout de même une profonde amertume. Voilà une décision finalement "fait du prince", "tel est notre bon plaisir". Nous avons tous suivi cette affaire, nous avons tous consulté les pièces de ce volumineux dossier devenu public au fil des ans, nous savons donc tous que la sanction n'avait pas de fondement, qu'elle était profondément injuste, et cette mutation, c'est un peu un quignon de pain lancé à la gueule, "tais-toi, y'a des élections bientôt". Ce n'est pas une réhabilitation officielle. Je la lui souhaite pour plus tard, ainsi qu'un désaveu public de son ancien proviseur et de son ancien recteur. On peut toujours souhaiter, non ?"

   Hervé : "Oui, Christophe, je partage aussi ce que vous ressentez. Le "fait du prince", bien évidemment. L'amertume aussi. Mais somme toute, l'action paye, solidaire, opiniâtre! Sans doute aussi la forte personnalité de Roland , cette volonté qui nous a semblé toujours si formidablement inflexible mais dont on peut deviner quels terribles moments de doutes, de tourments, d'angoisse elle a dû surmonter- il faut avoir vécu une grève de la faim pour véritablement comprendre -a été pour beaucoup dans cette victoire si tardive et, c'est vrai, incomplète : la réparation et la réhabilitation doivent suivre! Le droit reste à conquérir. Je ne suis pas à SUD Education, mais qu'il me soit permis ici, de rendre hommage autant au comité de soutien qu'à ce syndicat qui a su être toujours là au bon moment et qui a su accompagner, rassembler, fédérer, mobiliser. Et j'espère que les collègues dans les commissions paritaires seront très vigilants : l'académie de Montpellier est grande, très grande... Sans oublier aussi l'attitude sordide de certains lors des commissions disciplinaires qui ont abouti à ce désastre humain!

   Un seul mot me vient à propos de Roland : la dignité!

   Et aussi qu'il me soit permis, humblement, de tout mon coeur de lui dire un grand merci, un très grand merci pour nous tous!

   Une pensée aussi, très forte, pour tous ceux qui sont en butte à l'arbitraire et à la répression syndicale ou aux plus sournois règlements de compte, aux plus mesquines vexations de chefaillons qui n'aiment pas les têtes qui dépassent un peu... Ceux que l'on connaît, et la liste est longue, les militants de RESF, les étudiants anti-CPE toujours poursuivis... Et tous les autres, tous ces obscurs, les fliqués, les harcelés au quotidien, les victimes de "stress professionnel", les "mal vu(e)s", les mal notés, les barrés des tableaux d'avancement, non parce qu'ils ne le méritent pas mais souvent au contraire parce qu'ils n'ont pas l'heur de plaire, qu'ils ne rentrent pas dans le moule, le vote en CA qui contrarie, la prévention routière (et demain le vélo transdisciplinaire) en allergie, la méthode qui n'entre pas dans le moule iufmesque ou qui ne se soumettent pas à la passade du moment d'un chefaillon local ... Je ne parle pas de cette destruction de plus en plus évidente de nos conditions de travail, du TZR à tout faire que l'on promène à l'autre bout d'un département au mépris de sa vie familiale et de ses faibles ressources, aux vacataires 200 heures, ces sans droits jetables et corvéables à merci, aux contractuels toujours sur la branche d'une année sur l'autre, à ces collègues de la "vie scolaire", non formés, mal formés, voués aux tâches les plus ingrates, injuriés, insultés sans que personne ne bouge le petit doigt, en passant par le prof , "fonctionnaire nanti", méprisé, nécessairement incompétent (à moins qu'il ne soit adepte de quelque méthode Antibi ou de ces évaluations permanentes imposées ), corporatiste, feignant, toujours fautif, culpabilisé, parfois injustement montré du doigt à la justice, carrément, "par mesure de précaution", à la suite d'une certaine loi qui conduisit certains à la pire des extrémités, le suicide, tout cela depuis l'avénément de l'enfant roi et du parent en détresse...Cette autre violence pernicieuse faite aussi aux enfants, aux élèves et à leurs familles, inventions de nos "experts", diafoirus de la pégagogie "innovante" et des sciences de l'éducation "en délire"! Un pensée aussi à toutes les discriminations souvent vécues dans ce silence, ce repli, ces soumissions subies, sources de drames humains insoupçonnés : moqueries, et ce n'est pas le plus méchant, de celui qui est un peu "différent", mais aussi, plus grave, passible de la loi, mais trop souvent étouffées, toutes ces agressions par ostracisme, sexisme, homophobie, xénophobie, racisme... Dans notre grande maison, c'est la grande muette, on "déplace le problème" le plus souvent, on y lave son linge sale en famille, on mute ou on met à pied discrètement, et avec cette lâcheté de l'administration qui, s'appuyant sur la peur d'un mauvais emploi du temps ou de la mauvaise classe ou de la note administrative négociée "en douce" ou de quelque autre menace ou carotte, saura vite transformer la victime en coupable : qu'un élève, voire un parent, te traite de "con incompétent", ma foi, c'est quelque part qu'il doit avoir raison et s'il tague les murs de la classe ou tord les pieds de sa chaise c'est que tu es bien évidemment incapable de prendre garde au bien commun qui t'est confié, voire que tu mets en danger la sécurité (j'ai même entendu "la vie"!) des èlèves!


Il y a vaiment quelque chose de pourri au royaume de l'école!

Hervé,
pour beaucoup d'autres

Et tout n'est pas aussi limpide que cela!
Le 24e Arbitrairathon, commencé le 2 avril se poursuit!
Notre solidarité aussi!

Communiqué de presse - Gilles de Robien 04/04/2007 :

Prenant en compte la situation humaine et personnelle de Roland Veuillet, conseiller principal d'éducation, Gilles de Robien, ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a décidé le 21 février de donner suite aux recommandations du médiateur de l'Éducation nationale et d'accorder à Roland Veuillet une affectation dans l'académie de son choix pour lui permettre de retrouver ses proches.

Depuis cette date, Jean-Marie Jutant, le médiateur, est resté en contact direct avec Roland Veuillet pour finaliser la mise en œuvre de cette mesure.

Le ministre prend acte de la demande que Roland Veuillet vient de faire connaître d'être affecté à Nîmes dans le cadre du mouvement actuellement en cours des conseillers principaux d'éducation (C.P.E.).

En conséquence, la décision ministérielle de mutation de Roland Veuillet de l'académie de Lyon dans l'académie de Montpellier est en instance de signature. Compte tenu des compétences qui sont les siennes, c'est le recteur de l'académie de Montpellier qui prononcera ensuite cette affectation à Nîmes.


Le plus beau métier du monde (il paraît …)

Un billet reçu le vendredi 23 mars 2007

     Il paraît qu'enseignant est le plus beau métier du monde. Profs par vocation, nous serions les croisés des temps modernes, les missionnaires de la culture et de la lutte contre l'ignorance, les envoyés du Savoir, ceux qui restent contre vents et marées dans les quartiers difficiles que toutes les professions ont désertés.

     Certes ... nous ne ferions pas ce métier si quelque part nous n'avions pas au fond de nous l'intime conviction que nous sommes utiles aux enfants et jeunes gens qui nous sont confiés mais, il est sans doute nécessaire de le rappeler, nous sommes aussi des salariés et travailler dans le secteur de l'éducation est aussi un moyen d'avoir un revenu nous permettant de mettre quelques aliments dans notre assiette et celles des membres de notre famille et de financer (de plus en plus difficilement) un toit pour nous héberger. Alors quand, parce qu'il a signé un décret combattu par les 15 organisations syndicales du second degré (qui représentent plus de 99% des personnels), le ministre UDF de l'éducation se permet de retirer à partir de la rentrée scolaire 2007, de 7 à 14% du pouvoir d'achat à 30 000 enseignants des collèges et lycées, la révolte qui gronde dans les salles des profs n’est que légitime.

     Il paraît (aussi) qu';enseignant est un boulot de feignants (si, si, je suis sûre que vous l'avez pensé ... même si, pour rien au monde, vous ne souhaiteriez être à notre place). 15 à 18 heures de cours hebdomadaires, ce n'est pas trop fatiguant quand même, n';est-ce pas ? Certes, ... pourtant le ministère de l'éducation reconnaît lui-même, en conclusion d'une enquête qu'il a menée en 2002 sur le temps de travail des enseignants du second degré (1), que nous travaillons en moyenne, selon les disciplines enseignées, de 38 à 42 heures par semaine. Alors quand, parce qu'il a signé un décret rejeté par l'ensemble de la profession, le ministre UDF de l'éducation nous impose, à compter de la rentrée 2007, de travailler plus en gagnant moins, le ras le bol des enseignants ne peut qu'être légitime.

     Il paraît aussi qu'être enseignant n'est pas usant : pour preuve, nous avons une espérance de vie parmi les plus longues. Certes... mais quand, à partir de la rentrée prochaine, nous allons, parce que ce foutu ministre UDF de l'éducation a modifié dans un décret honteux nos conditions de services, devoir partager nos services entre 2 ou 3 établissements de communes même pas limitrophes, enseigner dans une discipline pour laquelle nous n';avons reçu aucune formation, découper entre 2 ou 3 collègues un cours de 3 ou 4 heures hebdomadaires, ... tout cela pour que nos services tiennent dans la dotation rabougrie allouée à notre établissement, il est fort probable que notre espérance de vie en prenne un coup. Quant à la qualité du service public que nous offrirons aux élèves, nous sommes au regret d'informer les parents que, parce que le ministre de Robien n'en a vraiment rien à cirer, nous ne sommes plus en mesure de la garantir.

     Le plus beau métier du monde est devenu, par la faute des dogmatiques qui se sont succédés au ministère de l'éducation ces dernières années, et notamment le très UDF De Robien, un métier aux conditions de travail incroyablement dégradées, aux salaires en baisse (un enseignant débute sa carrière, avec un bac + 4, à 1,19 fois le SMIC), ... , un métier qui ne suscitera bientôt plus aucune vocation. Triste pays que celui qui traite ainsi ceux qui sont en charge de l’éducation de ses enfants.

Pascale

Enseignante dans un lycée de l'Yonne

Voir :


* "Temps de travail des enseignants du second degré en 2002" Une enquête de la Direction de la programmation et du développement - Note d'information 02-43 (ww.education.fr) - ICI

* "Il faut revoir le temps de travail des enseignants ! Le décret de 1950 est vraiment trop vieux !" Une étude de Laurent Tarillon, enseignant de sciences économiques et sociales à Grenoble. - ICI

 

Ce sont les enfants qui paient le prix
de la dénaturation de notre profession d'enseignant !

ou
Petit mémento à l'usage des présidentiables

Un "Billet d'humeur" croisé par Christian et Jean-Baptiste - 14 février 2007



     "Pourquoi ne pas mettre le débat sur l'instruction sur le même plan que celui de l'écologie ? Ce chantier n'est-il pas tout aussi important pour l'avenir ? Quelle chance avons -nous d'avancer collectivement si nous méprisons l'intelligence de nos enfants ? Si nous bradons leur instruction ? Sans doute la mariée est-elle trop belle... Il semble que l'on préfère laisser dormir ses idées sous les banderoles de la protestation coutumière pour mieux se disputer en sous-main les lambeaux du pouvoir participatif. Une force transversale incarnée par des intellectuels dignes de ce nom et par toutes les personnes de bon sens qui pourraient se reconnaître dans ces enjeux essentiels, voilà ce qu'il nous faudrait. [...] Tant qu'un tel organe ne relaiera notre combat, tant que nous ne sortirons pas de l'ornière des revendications corporatistes , nous continuerons de voir nos conditions de travail se détériorer.

     Nous nous battons à coup de tracts jaunis alors que c'est le Radeau de la Méduse que nous devrions montrer au peuple pour lui faire prendre la mesure de notre combat. Nous donnons l'image d'une corporation qui lutte pour des queues de cerise alors que nous aurions peut-être les moyens de réveiller les consciences en ouvrant des perspectives sur les enjeux de société cachés derrière les revendications . La dénaturation de notre profession n'est pas innocente , ce sont les enfants qui paient le prix de cet abandon et ce désastre concerne le plus grand nombre. Si les vieux pots de la protestation coutumière n'ont rien donné de valable , si leur antienne ne touche plus que quelques zélateurs, si leurs voix sont devenues inaudibles, il serait temps d'inventer un autre langage, de bousculer les représentations , de trouver un nouveau souffle ou nous serons rapidement balayés et avec nous les graines d'un avenir à visage humain ." 

(Christian)


AU MENU CE SOIR : ENCORE DES COULEUVRES

- En 1977-78 notamment (ministères Haby et Beullac) : arrêtés qui consacrent la disparition massive des heures de cours en demi-groupes (pour le français, par exemple, en classes de 6e, 5e et 4e), et donc l'augmentation importante de la charge de travail du professeur, au moment où s'accentue la massification du secondaire.

- Depuis 1982 (ministère Delors : fin de l'indexation des salaires sur les prix), diminution ininterrompue et massive du pouvoir d'achat des personnels de l'EN : plus de 20-25 % en moins depuis 1981.

- 1986 (ministère Chevènement) : nouvelle baisse brutale des horaires (de français par exemple).

- 1989 (ministère Jospin) : vote de la loi d'orientation sur l'éducation (création des IUFM qui visent à encadrer idéologiquement les jeunes profs, instauration du conseil d'administration, de l'obligation pour l'établissement d'avoir un projet d'établissement, création des cycles dans le primaire et le secondaire, renforcement délirant du droit des parents, à refuser le redoublement des élèves notamment, même contre l'avis unanime du conseil de classe).

- 1996 (ministère Bayrou) : déréglementation totale des horaires nationaux (avec, notamment, les fameuses "fourchettes horaires"), cadre idéal pour de nouvelles diminutions horaires.

- 1997 et suivantes (ministère Allègre et Royal) : début des campagnes médiatiques anti-profs.

- Début des années 2000 : multiplication des activités interdisciplinaires (après les travaux croisés à la fin des années 90, les IDD puis les TPE en en 2000-2002), ou d'éducation "civique" (ECJS par exemple), qui réduisent de fait la place consacrée aux enseignements fondamentaux.

- 2001 : le vote de la LOLF (qui ne devient effective qu'en 2006), et sa mise en place dans les établissements scolaires (qui regroupe les lignes budgétaires, etc., avec, pour but affiché, le "pilotage" en fonction des "résultats").

- Baisse continue des postes au concours, particulièrement ces dernières années. Ainsi, le Ministère de l’éducation nationale a annoncé le 14 septembre 2006 le nombre et la répartition des postes aux concours de l’enseignement pour 2007. Le nombre de postes ouverts aux concours de l’enseignement est en baisse de 3,4% par rapport à 2006, et de 36% par rapport à 2005. La baisse sans précédent de 2006 - 30% en moyenne - est donc encore amplifiée en 2007.

- La disparition des surveillants (MI-SE) fin 2002, statut pour les étudiants qui donnait satisfaction, et la multiplication de contrats pour le personnel de vie scolaire, qui constituent autant de "sous-statuts" (les emplois jeunes et aides-éducateurs remplacés par les assistants éducation, CAE).

- Déjà amorcée dans les année 90, la généralisation des contrôles en cours de formation (qui sapent donc la valeur nationale des diplômes : CAP totalement en CCF, puis généralisation pour les bac pro).

- 2004 : instauration d'une journée "de solidarité", et donc première augmentation du temps de travail depuis longtemps.

- 2004 : transfert des TOS aux collectivités locales (avec des menaces considérables sur différents droits).

- 2005 (ministère Fillon) : vote de la loi définissant un socle commun de connaissances (constituant une menace pour tout ce qui n'est pas directement utilitaire).

- 2005 : signature du décret sur les remplacements en interne (qui augmente de 60 heures par année le temps de travail dû par les professeurs, et qui préfigure le décret de 2007 en cela qu'il fait peu de cas des conditions d'enseignement d'une discipline, de la qualité des cours dispensés).

- 2006 (ministère Fillon) : vote de loi dite pour l'égalité des chances (apprentissage possible dès quatorze ans, travail de nuit autorisé à partir de quinze ans sous certaines conditions, etc.)

- 2006 : instauration du conseil pédagogique (fin programmée de la liberté pédagogique des enseignants : membres désignés par le chef d'établissement, etc.).

- 2006 : introduction de la note de vie scolaire au collège.

- 2006 : remplacement, pour la gestion des absences, du logiciel GEP par Sconet (qui permet un flicage des élèves dès le plus jeune âge et à une gestion "au résultat" du travail des équipes de vie scolaire).

- 2006 : démantèlement du système des ZEP (certains établissements, notamment les EP3, sont moins bien lotis).

- 2006 : intégration des élèves handicapés à l'école (grand projet de Chirac, qui se fait de façon catastrophique : les moyens dont disposaient les structures spécialisées ne sont pas reversés aux établissements scolaires ; les équipes pédagogiques se retrouvent dans l'incapacité - mais avec l'obligation - de recevoir correctement des élèves souffrant d'handicaps parfois très lourds dans les classes ; par d'ailleurs, dans les établissements ayant des SEGPA, les élèves relevant autrefois de la SEGPA se retrouvent au collège, et les élèves ayant des troubles psychiatriques avérés se retrouvent maintenant en SEGPA).

- 2007 : révision du décret de 1950 (suppression de l'heure de première chaire en lycée pour 70 000 enseignants ; majoration d'une heure pour les professeurs enseignant plusieurs heures à des élèves en nombre inférieur à ; affectation sur trois établissements dans des communes non-limitrophes ; bivalence qui pourra être imposée ; l'AS menacée).

- 2007 : suppression massive de postes d'enseignement et d'encadrement (5 000 suppressions de postes pour la rentrée prochaine, 25 000 en 4 ans, avec des conséquences désastreuses sur la Dotation Horaire des établissements : augmentation du nombre d'élèves par classe, suppression des dédoublements de classes, etc.).

- Entretien d'orientation en 3ème mené par les professeurs principaux (qui vont, de ce fait, remplacer les Conseillers d'Orientation-Psychologues).

- Ces dernières années : répression anti-syndicale accrue, qui frappe de nombreux collègues militants (affaires Veuillet, Redon, etc.).

(Jean-Baptiste)

Cette liste des calamités n'est EVIDEMMENT pas exhaustive : on pense par exemple à nos collègues TZR, taillables et corvéables à merci, et à tous les précaires de Éducation nationale, les contractuels (qui ont remplacé les MA) et les vacataires 200 heures qui peuvent être "remerciés" du jour au lendemain...


Vous pouvez ajouter votre grain de sel :
adressez-le, avec vos sources, si possible, au webmaster
ou mieux, venez en débattre sur la liste de discussion
Les Mots-Tocsin


Cave canem

par Christian
le mercredi 24 janvier 2007


          Figurez-vous qu'hier soir j'ai eu la faiblesse d'asseoir ma citoyenneté devant l'émission "C'est dans l'air" qui traitait de l'imposition, le titre aurait bien dû m'en dissuader. Je vous passerai les clichés sur cette fonction publique dévoreuse de croissance et d'emplois ( car c'est bien connu , un seul emploi public coûte au pays un si grand nombre d'emplois privés qu'il semblerait indécent de ne pas employer tout son courage politique à dégraisser rapidement...). Evidemment, faire passer un poste de télé par le balcon du quatorzième étage m'eût aussitôt signalé à mes voisins comme un sujet peu fréquentable, alors j'ai toisé ces langues fourchues avec le détachement serein du moine bouddhiste... jusqu'à ce que j'entende un margoulin plus inspiré que les autres filer la métaphore. Ils en étaient à discuter posément de la manière de pratiquer l'opération, quand cet aimable intervenant a comparé la fonction publique à un chien dont il fallait couper la queue, il y a, disait-il en arborant la mine satisfaite du gars sûr de son petit effet, deux manières de procéder, la première, présentée comme la plus barbare, consiste à couper chaque jour un petit bout de la queue, la seconde, plus charitable, tranche l'excroissance inutile en une seule fois. Et la joyeuse compagnie de se frapper les cuisses à l'audace du bon mot... Seul le repoussoir de service faisait la moue dans son petit coin discret.

          Je signale que cette émission est libre de droits, on nous précise que nous pouvons l'exploiter en classe. A la bonne heure !

           Christian

        Je tiens à ajouter, pour rester parfaitement objectif, qu'un fin connaisseur des enseignants nous a tressé des lauriers en avançant l'hypothèse qu'une petite rallonge salariale pourrait suffire à nous faire accepter la réforme. Un chien peut-il mordre la main qui le nourrit ? Alors, pourquoi se gêner ?

Faisons lever la houle
pour indisposer ceux qui n'aiment pas les vagues

Un billet d'humeur à trois

Le 12 janvier 2007, Jean-François Copé, ministre du budget, a affirmé sur Europe 1 :
"Aujourd'hui en 2006, un professeur certifié en fin de carrière,
ça gagne à peu près 4.100 euros par mois."

(Lire à ce propos la réaction du SNALC et celle du SNES)
Cette déclaration donnera lieu sur Les Mots-Tocsin à ce petit échange :

CHRISTIAN - Copé ? En voilà un qui va gagner ses galons de ministre de l'éducation. Depuis Allègre la culture du mépris et de la propagande a fait son chemin. Et qui se soucie encore du vécu des enseignants ? Nous ne pourrons compter que sur nous-mêmes.


BRIGITTE - C'est-à-dire sur fort peu de monde...


CHRISTIAN - Hélas oui, si l'on en croit le taux de résignation qui circule dans les veines de la profession, nous ne pouvons compter que sur très peu de monde... J'aimerais croire que les consciences pourraient se réveiller, toutefois, cette période où de nombreux papy boomers attendent leur retraite n'est peut-être pas la plus favorable à un engagement saignant de la corporation . A quelques remarquables exceptions près, les collègues ne me semblent pas prêts à en découdre sévèrement . Ils sont désolés pour les plus jeunes mais observent le sinistre avec un regard désabusé. A leur décharge , beaucoup parmi ces plus jeunes ont été élevés à la mamelle de la servitude : ils se font une raison et assurent le paiement de leurs traites ou envisagent des plans de carrière avec des passerelles pour s'eclipser discrètement quand leur matière leur offre cet avantage, d'autres encore convoitent des postes à l'IUFM plutôt que de rester à croupir dans la tranchée. Je ne serais pas surpris si le chacun pour soi et le sauve qui peut l'emportaient sur le sursaut collectif. Je ne sais pas si ce ressenti est partagé et je pense aussi à des points de vue qui me semblaient plus optimistes [...].

Si des choses sérieuses se préparaient, il serait bon qu'on leur fît de la pub ( et je ne parle pas de grèves jetées comme une poignée de sable à la face du gouvernement... Quel résultat pourrait donner une grève, même reconductible, si des actions de blocage type CPE ne venaient pas l'amplifier ? J'irai même jusqu'à penser que notre ultime recours serait de paralyser les examens, ce qui, pour les raisons citées ci-dessus , me paraît difficilement réalisable). A suivre...



MARC - Excellente analyse, avec cependant cette petite remarque : on est étonné du nombre de collègues, et pas forcément chez les plus jeunes, ceux qu'ont formatés les IUFM, mais bel et bien parmi les vieilles barbes, même parmi les papy boomers, qui adhèrent aux thèses modernistes de la séquence, du décloisonnement, bref, de tout ce qu'a produit le pédagogisme à la mode. "C'est quand même un progrés ! La seule chose qu'on regrette, c'est qu'il faudrait quand même un peu plus d'heures !" (Je n'invente pas, c'est du vécu !)
Je vous livre mon acte de foi : on est encore moins nombreux qu'on ne le croit, les derniers dinosaures.
Je crois, de toute façon, que c'est foutu.
J'irai, comme d'hab', arpenter le bitume et me casser les cordes vocales, même par temps froid, non par habitude, mais par fidélité, mais je crois que c'est foutu.
De toute façon, ce qu'on a mis quarante ans à casser, il faudrait un siècle ou une révolution pour le reconstruire.

C'est mon message d'espoir du soir... mais je crois bien que c'est la deuxième fois que je vous le délivre...
Mon Dieu ! Encore en activité et déjà sénescent !
Le mot du soir : décrépitude.



CHRISTIAN - C'est vrai ça qu'on n'est pas si nombreux, sans compter que dans le tas , il y a les taiseux qui n'en pensent pas moins mais qui parlent du bout des yeux parce que les grands éclats, ils n'y croient plus ...

Quant aux modernistes , le temps ne fait rien à l'affaire..."Jeunes cons de la première averse , vieux cons des neiges d'antan"... Quand je pense que certains sont devenus des chantres du décloisonnement par simple opportunisme... Au bon beurre !!!

Foutu pour foutu, on n'a plus rien à perdre , il faut gueuler très fort pour que ça reste humainement supportable. Je laisse la distance philosophique et les réflexes de bons petits soldats aux collègues en fin de campagne. Pour ma part, j'ai trop d'années à tirer pour me cantonner aux discours policés. C'est précisément ce que j'ai dit, hier après-midi, à des collègues qui commencent à en avoir gros sur la patate : 20 années et plusieurs brouettes à tirer, c'est pas encore Cayenne mais ça se gâte méchamment. Alors on va faire dans le local , comme le suggérait un colistier, du sur mesure, de l'insurrection bocagère, de la frappe chirurgicale... On va essayer de leur rentrer dans le lard. Je crois davantage au bon sens local qu' aux exemples magnifiques qui nous sortiraient de l'ornière. Bougeons dans nos établissements respectifs, essayons de harceler intelligemment ces gens qui nous aiguillonnent comme du bétail promis au boucher.

Premier objectif : frapper la bêtise sur le terrain , saborder les opérations innovantes et poser les bonnes questions, celles qui nous renvoient à nos difficultés quotidiennes ou à nos petites lâchetés. Pour obtenir un éventuel résultat, réfuter le discours de l'apaisement et de la consensualité que certains collègues nous assènent à peu de frais ( le plus souvent ce sont ceux qui sont dans le giron de l'administration , les faiseurs de projets bidons ou les adorateurs du rayonnement qui, chez nous, ne sont plus qu'à quelques années de quitter le navire avec leur dernier échelon hors-classe). Les conditions objectives me semblent réunies pour remuer ceux qui ont trop à perdre à continuer de faire l'autruche et leur faire comprendre que les conseilleurs ne seront pas les payeurs. Faisons lever la houle pour indisposer ceux qui n'aiment pas les vagues.