Le lycée bling-bling
Petit
échange sur la liste de discussion
à propos de
la carotte cagnotte contre l’absentéisme
(L’information
de l’AFP du 2 octobre 2009)
Tout ça me
fait penser aux jetons de présence pour inciter les membres du Conseil
d'administration des entreprises à venir aux réunions.
Cest une
belle illustration de la manière dont ceux qui nous gouvernent conçoivent le
travail pédagogique : "motivation" marchande et pression du groupe.
Je suppose qu'à brève échéance, il sera proposé aux élèves une formation en
lobbying pour leur permettre de négocier les conditions financières de la
motivation. Sans rire, je pense que c'est une véritable offensive pour
l'instauration des nouvelles pédagogies de la motivation, ou comment
donner du sens à ses études.
Je me sens
tout d'un coup épouvantablement ringarde, et terriblement idéaliste, moi qui
croyais encore jusqu'à hier qu'il était possible de construire du sens avec les
élèves à travers les savoirs, leur appropriation, leur maîtrise. Qu'il me
semble loin le temps où l'ambition du système scolaire, notamment à travers
l'enseignement de l'histoire et de la géographie, était de donner à la jeunesse
des armes pour faire d'elle de bons citoyens - c'est-à-dire des "citoyens
difficiles à gouverner", comme disait Condorcet.
Voici venu
le temps de la "classe-entreprise"...
Tout d'un
coup, j'ai envie de vomir, de déserter, car je sens s'éroder mes capacités
d'indignation.
Chantal
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Bonjour,
Merci pour
ce témoignage. Vous touchez là où le bât blesse. Les missions de
l'école sont dénaturées. Nous avons cru connaître une ère
démocratique où l'esprit critique était stimulé ... Aujourd'hui,
les grands prédicateurs du libéralisme nous imposent un
alignement inconditionnel sur l'idéologie marchande, on flatte
les passions les plus mesquines de nos élèves, on leur pose des
oeillères au nom d'un conformisme béat et sous couvert de
citoyenneté, un système de contrôle se met en place qui prétend
nous dicter les règles d'un bonheur encadré.
Il n'est
plus question de réfléchir par soi-même mais d'apprendre à se vendre selon
les règles d'un marché de dupes qui étouffe la sensibilité. Pour ma
part, j'ai décliné toute participation à ces stages d'intégration
BTS où l'on endoctrine "le groupe élèves" en organisant des
parties de paint ball, en les initiant à la culture du dépassement de soi
par la seule grâce d'un mur d'escalade, en leur apprenant à marcher avec
les béquilles d'une Motivation qui profite aux
patrons décideurs... Les Ogres du profit, ceux qui exploitent et qui
jettent sans état d'âme, organisent méthodiquement ce
nivellement des consciences, quant aux idéalistes, le
Cynisme leur montre du doigt la roche Tarpéienne, tant pis pour
les différences, les suicidés de France Télécom et d'ailleurs en
savent quelque chose.
Cette logique
poussiéreuse qui prétend enfermer l'homme et ses rêves
dans une doxa financière n'aime pas les poètes. Lire,
écrire c'est encore résister. Le jour où cette étrange absurdité nous
paraîtra "normale", nous serons vraiment morts. Ce sont de
nouveaux préjugés qu'il faut abattre et l'Histoire dira bien ce qu'il
faudra retenir de cette époque à vomir.
Christian
€€€€€€€€€€€
Reste que cette opération plus que
douteuse n’est que l’arbre qui cache la forêt. La démolition du service public
d’éducation est en marche depuis des décennies. Un bon coup médiatique pour
« occuper » les esprits et faire passer les pilules de plus en plus
amères depuis la loi
Carle sur la participation des communes au financement des écoles privées
sous contrat aux 16 000
suppressions de postes programmées pour la prochaine rentrée en passant
par la revalorisation de la carrière des enseignants à la mode gestion
des ressources humaines - « méritocraticofinancière » – cela ne vous
rappelle rien ? (voir le
discours de Chatel devant le dernier CTPM).
A quand le changement de statut de l’Education
nation nationale ? Sa « modernisation » est, on le voit, bien
entamée. A quand sa transformation en
société anonyme avant l'ouverture totale à la concurrence dans l'Union
européenne ?
Yves