L’Homme qui rit

 

 

 

     C'est bien l'absence d'esprit critique de l'enseignant, plus  fonctionnaire qu'intellectuel, qui encourage le règne de la médiocrité. L'avenir tel que Darcos et ses comparses nous le dessinent est placé sous le signe du phalanstère. L'équipe sera au centre des réalisations. D'individualité il ne sera plus question si ce n'est à travers le choeur larmoyant de nos diplômés des sciences de l'éducation qui se réunissent autour de la souffrance du jeune comme une famille se rassemble autour de son vieil agonisant. Il est urgent de devenir compatible, d'intégrer la matrice citoyenne par la voie de l'émotion partagée, de renier le bon sens pour vénérer le grand projet égalitaire d'une pauvreté culturelle et sociale mondialisée.

 

     Ce temps personnel (otium !), qui était consacré à s'imprégner de la connaissance,  va disparaître au profit de l'effervescence du "club" lequel a surtout le mérite de maintenir chacun dans la norme d'une pensée aseptisée et permet encore d' éviter toute véritable confrontation avec la difficulté intellectuelle. Au lieu de  partager une culture et de tremper des caractères, nous allons élever nos jeunes en batteries à grand renfort d'hormones pédagogiques et d'engrais citoyen. Il ne s'agit déjà plus d'instruire mais d'éduquer. La meilleure façon de museler l'esprit critique pour mieux encourager  la conformité, c'est de leur enlever les outils de la réflexion, la finesse d'une sensibilité esthétique et les mots d'une pensée nuancée. L'enseignant, lui aussi, sera sous surveillance : l'isolé sera stigmatisé s'il ne tient pas sa place dans la ronde pédagogique.  Il faudra se l'enfoncer bien profond le balai qui stimulera une bonne gesticulation académique alors seulement nous pourrons arborer le sourire écartelé de l'Homme qui rit sur les tréteaux d'une servitude imbécile. Nous serons devenus des esprits positifs, avides de petites solutions économiques et "culturellement" présentables.

 

     Nous allons tous vivre des mutations violentes et d'aucuns voudraient nous faire croire que la modération et le dialogue sont les seules formes de résistance possibles face à la dictature des  financiers...

 

 

 

 

Le concombre masqué

Le 21 juillet 2008

 

 

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Un billet qui tombe en même temps que la réforme du lycée : une première analyse ICI

 

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