Faudrait pas prendre les connards sauvages
pour des enfants du bon dieu !

 

ou

 

A qui profite l’action syndicale ?

 

 

 

Fin novembre 2007, après la grève du 20,  une colistière posait la question : « Mais à quoi sert  la FSU ? »
(Fédération Syndicale Unitaire, fédération de syndicats de l'éducation nationale,
dont font partie le SNES et le SNUipp, principaux syndicats dans le secondaire et le primaire)

 

Quelques réponses et un récent rebond d’Hervé après la grève du 24 janvier 2008 dans la fonction publique.

 

 

Christian, le 20 novembre 2007 :

 

La Fessue sert à noyer les récriminations dans un consensus mou, à encadrer les dangereux révolutionnaires de la pédagogie de contrat, à instaurer la liturgie du dialogue social. Il faut bien reconnaître que la tâche n'est pas trop ardue, certains collègues ont déjà beaucoup consenti. Nous allons voir jusqu'où ira leur endurance face à la dégradation de leurs conditions de travail et de vie matérielle. Dans mon établissement, de nombreux Fesseurs considèrent qu'il faut se plier aux nouveaux textes qui dénaturent notre profession en acceptant de porter les nouvelles casquettes d'orientateur, d'éducateur et d'animateur. Ces petits soldats de la réussite, arborant le charme hors classe d'un sourire infroissable, s'imaginent que les compétences se transmettent par voie de circulaires. C'est le dogme de la bonne volonté qui les porte : ils se parfument à l'égalité des chances et se ruent sur les commissions de réflexion comme des fanatiques sur de précieuses reliques. Leur tâche finale est l'éradication de la culture et le voyou mal léché leur belle raison d'enseigner. La Fessue ne se bat pas, elle siège. La Fessue ne s'indigne pas, elle pleurniche. La Fessue ne s'oppose pas, elle participe.

 

 

Sylvie :

 

Bonjour,

 

Si vous pouviez arrêter d'appeler la FSU (je passe sur la blague de potache pas fine......) "syndicat majoritaire",  et dire à la place  "fédération majoritaire", ce serait d'une part plus juste et ensuite plus honnête. Un syndicat n'est que rarement monolithique, et c'est encore plus vrai pour une fédération. Tous les syndicats de la FSU ne sont pas sur la même longueur d'ondes syndicalement et politiquement; les "gros"syndicats d'enseignants (le SNES et le SNUIPP) ayant plus d'adhérents ont plus de voix, et les  syndicats numériquement minoritaires ne font pas le poids et/ou mettent du temps à convaincre (ex.: le TCE en 2005).

La fédération à laquelle appartient le syndicat dans lequel je milite me fait souvent honte, mais pas certains syndicats - dont le mien - ou courants de pensée qui en sont membres. On peut lutter de l'extérieur contre un groupe, et aussi de l'intérieur : ces deux choix ont leurs lettres de noblesse.

 

 

Christian :

 

Tu as raison : "On peut lutter de l'extérieur contre un groupe, et aussi de l'intérieur : ces deux choix ont leurs lettres de noblesse."

 

 La satire force le trait, il ne s'agit pas de débiner tous les collègues syndiqués et les courants minoritaires mais d'amorcer une prise de conscience car trop d'entre nous ont encore la naïveté de se démettre de leur esprit critique pour  s'aligner  sur les mots d'ordre syndicaux sans mûrir la réflexion. C'est quand même un comble d'être obligé de tirer sur ceux qui revendiquent la mission de défendre nos services publics alors qu'en réalité ils collaborent à sa destruction. En l'occurence , je rends hommage à la lucidité d'où qu'elle vienne mais il me paraît essentiel d'abattre les idées reçues. La plus largement répandue est peut-être celle que des syndicats comme le Snes seraient au service des enseignants (comme l'unef serait au service des étudiants). Ces mouvances ont choisi le camp peu scrupuleux de la "modernisation", la moindre des choses est d'en appeler à la méfiance et, pour être un peu entendu, il convient de jeter de gros pavés dans la mare. Que les courants minoritaires jouent leur rôle et se fassent entendre. Hélas, l'heure est grave et nous n'en sommes plus au temps des politesses. 

 

 

 

Hervé, le 26 janvier 2008 :

 

Là, ce matin, j'explose ! Bêtement, je sais ... Je vieillis mal ! La gueule de bois des lendemains (qui déchantent) de grève …

 

Un de mes débordement donc, sur Cétacé (le forum  ), en réponse à un certain "fripon" qui, à la suite de ce communiqué "flouissime" (dit-il, gentiment...) signé UNSA - CGT - FO - FSU - CFDT - CFTC -Solidaires, appelant "les personnels à maintenir la pression par des initiatives unitaires (conférences de presse, interpellations des élus, rassemblements, manifestations,...) en particulier à l'occasion de la "semaine de la Fonction publique" organisée par le gouvernement du 1er au 8 février. " (communiqué ICI ), pense qu' "il y aura une vérité des prix l'an prochain au moment de l'enregistrement des adhésions."

 

Ma réponse :

 

Mais non, mais non ! Juste un très léger tassement du syndicat majoritaire et quelques glissements (1ou 2%) au profit d'autres ....

 

Les syndicats sont devenus des officines de service, on en a besoin pour les promos (je ne sais pas trop comment d'ailleurs, si vous savez comment marche le fameux piston faites-moi signe ...), les petits bobos de la vie quotidienne (un emploi du temps à aménager, une note administrative à rattraper ...) et surtout les mutations ! C'est l'époque. Rien qu'à regarder ce que sont devenus les forums publics du SNES  où l'on "modère" tout ce qui ne concerne pas les dites mutations on comprend vite ! Une sorte d'assurance à cotisation mensualisée. Et puis c'est rassurant : ils agissent pour nous ... Ils gèrent. Sont au CA, dans les commissions, causent avec les chefs, petits ou grands, passent des compromis ... "Participent", maître mot ! Nous, on leur donne procuration. C'est si rassurant de penser qu'on fait à notre place ! Il appuient bien sur le bouton de la grève deux ou trois fois par an, pour dire, et on suit, comme des boeufs, comme des cons. Ils arrachent bien quelques miettes. Des riens. De fait il n'y sans doute pas une profession qui s'en est pris autant dans la tronche depuis une décennie (voir plus haut dans le forum ! )

 

Oh, il y en a sans doute, nombreux, qui mouillent la chemise. Vraiment. J'en connais. Et je les salue bien bas, je sais ce que c'est ; les heures à point d'heure, les tournées de bahut, les coups de téléphone à n'en plus finir, les délégations ... Des militants, des vrais ... Faut bien aussi de temps en temps encadrer ceux qui débordent, en ce moment  les contrats aidés qu'on vire à la fin du mois ; et c'est bien d'ailleurs d'être à leurs côtés.  On nous dira aussi qu'il y a des tendances comme à la FSU et qu'ils ne sont pas tous pourris. C'est vrai. Mais sacrément ligotés tout de même ! Non ? Et, minoritaires, ils finissent bien par les avaler aussi les couleuvres, comme tout le monde !Combien de FO ont accepté de gaieté de coeur cette signature de Mailly sur la soi-disant "modernisation du travail"?

 

Et puis les syndicats ont aussi l'élève au centre quelque part, prêts à justifier la crécelle de la pédagogie de projet ou à nous faire endosser tous les costumes qu'on nous prépare, orientateur, animateur, éducateur, balayeur ... On a des tas d'exemples ! Prof-bi (un site plus que jamais d'actualité : le taper dans gougueule, c'est le premier qui sort)! Faut dire qu'ils n'ont pas grand mal, on a déjà la serpillière et le balai en mains depuis longtemps. Les IUFM en ont formaté des tonnes depuis leur création ! Les sites ou les mouvements pédagos (de tous les bords d'ailleurs) font un tabac et ils sont dedans, les deux pieds en plein dedans ! T'as pas un QCM sur Machin ? Qu'est-ce tu penses de ma progression ? J'ai l'IPR mardi, au secours! Et les TICE (tiens tu paries que le bulletin en ligne c'est pour bientôt?) Sans parler des IDD, TPE et autres gadgets parfaitement inutiles mais qui passent bien le temps et valorisent les chers petits qui ont de si mauvais résultats quand on leur demande d'expliquer un texte ou de compter sans leur calculette ... Quel syndicat ne soutiendra pas que le niveau a monté ? Passons!

 

Nous sommes bons pour les miettes et encore, à condition de se plier un maximum pour les ramasser! C'est qu'il faut les mériter, les miettes !

 

 Ah,il serait bon de relire la Charte d'Amiens !

 

Une analyse connue : Le Syndicalisme par Anton Pannekoek (1936) .

Bref, si on ne se remue pas le cul pour déboucher ce tunnel pourri, nous sommes mal barrés ...

 

Désolé, ça déborde!

Hervé

 

 

Christian, le 27 janvier :

 

Bonjour Hervé,

 

Il est temps secouer le vieux tapis. Les syndicats n'ont jamais aussi bien mérité notre défiance. Quant aux militants de terrain, certains ne comptent pas leur énergie mais pour quel résultat ? On reconnaît un arbre à ses fruits. 

 

Pour être "reconnu "et mériter les miettes, il faut y croire très fort et devenir optimiste, être un bon collègue, ne contrarier personne et devancer les nouvelles missions. Devenir un prof moderne, très TICE, très en ligne, très à cheval sur l'orientation et les relations publiques. Apprendre encore à t'éparpiller dans des actions visibles qui ne tiennent que par la magie du dernier jargon à la mode et le rayonnement du projet d'établissement... Enfin, te mettre au service de l'IUFM, ne pas te prendre pour une merde et farcir le crâne des stagiaires avec des principes à la con. 

 

Si tu remplis toutes ces conditions et que tu as bien rempli ton cahier "d'objectifs" , tu auras peut-être le droit de bouffer le pain du pauvre type qui croit encore aux vrais livres et qui essaie d'instruire humblement  . Le vrai  travail ne paye plus , il faut entrer dans la ronde et faire semblant , alors tu seras devenu un bon citoyen investi, généreux, dégoulinant d'humanisme... Alors tu seras devenu une vieille serpillère de merde !

 

J'oubliais , surtout ne pas penser (une souffrance bien inutile).

 

Excusez-moi mais la connerie ambiante me rend "méchant", faut dire que les "gentils sont parfois bien emmerdants. On ne va tout de même pas laisser le champ libre aux ravis de la crèche pédagogique ni aux collaborateurs de la syndicratie,  tous unis pour faire ramer en cadence la chiourme enseignante au tambour du devoir  ! 

 

Et tout cela pour gagner la paille et l'écurie... Dirty old school !!!  

 

Bien à vous tous

 

 

Yves :

 

Il me paraît évident que le trait [le billet d’humeur de Christian à propos de la FSU]  est valable pour les autres "grands" syndicats ... Un seul exemple : lequel revendique ouvertement un véritable rattrapage de notre pouvoir d'achat : 20% ? (ah si, il m'a semblé entendre ce chiffre du côté ... du SNALC ...)

 

Un lien envoyé par Jérôme : "Sauver la grève".

                

A suivre …


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