Avec le bac, je positive

 

    

 

     Demain, je vais remettre mes copies. Le baccalauréat des collèges est bouclé. Une semaine de lecture sacrifiée sur l'autel de la fornication culturelle, c'est déjà beaucoup. 

     A quelques copies près, c'est pauvre. C'est pauvre mais ça ne se voit pas car j'applique scrupuleusement les consignes de correction. Textes survolés au lieu d'être expliqués, les remarques grammaticales brillent par leur rareté, les heureuses rencontres sont mal fagotées, elles attendent le correcteur sous le porche d'une lecture fastidieuse pour l'inviter à une bamboche de points. Car, aujourd'hui, on montre son champ lexical comme on montrerait son cul. On a abandonné l'audace du cheminement pour une explication micro filtrée moulée à la louche des imbéciles. Les amateurs de bon fromage comprendront la nuance.

  Les  dissertations sont elliptiques et fondées sur des textes mal compris, des lectures mal digérées ou des résumés passés au mixeur de la bêtise. On chevauche hardiment une problématique littéraire mais on n' a rien de vraiment littéraire à apporter, alors, on se rabat sur les coups de coeur. Cette année les consignes de correction nous encourageaient à célébrer les Rowling  et autres fariboles à la mode du commerçant. Que voulez-vous ma p'tite dame, les temps sont durs, le lecteur, il a besoin d'évasion, faut qu'ça saigne, qu'ça métamorphose, qu'ça allume le cigare du boutonneux et qu'ça flambe la morosité d'la ménagère. Pour la première fois, cette année, on a jeté Marc Lévi en pâture au correcteur ébaubi... Quant à la Bovary, elle est devenue alcoolique, bien fait pour cette mijaurée, fallait pas qu'elle bascule.

  Je vous épargnerai le sujet d'invention, il a ses mérites : c'est le seul sujet qui redore le blason de la médiocrité. Impossible de faire son Proust avec un petit recto, faudrait qu'le génie se concentre et ça, Harry l'empoté, y peut pas. Alors les petits se laissent aller, une bonne diarrhée littéraire le jour de l'examen, ça peut s'excuser, n'est-ce pas ?  " Ceci n'est pas un pastiche" avait proclamé haut et fort une avocate de l'exercice tant décrié... Pour sûr, répondit l'insolent en bourrant sa pipe.

 

 

Le Concombre masqué 

 

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A propos de l’É.A.F. 2008 :

 

 Sur Agoravox :

« Les sujets de bac de français 2008 :
ou comment juger d’un vin à la forme de la bouteille »

 par Paul Villach

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 Sur le site de Sauver les lettres :

« ÉAF 2008 - Sujets de l'épreuve écrite »

« Dernières nouvelles de l'ÉAF »

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