Billets d'Humeur

Année 2006

 

 

 

le 1er et le 11 janvier 2007 - A la suite de la publication du"Rapport Bentolila" sur la grammaire ( le 29 novembre 2006)
Remarques sur le Rapport sur l’enseignement de la grammaire de la maternelle au collège ( I et II )
par Gilbert Molinier, sur le site de Michel Delord

le 27 décembre 2006 - L'enseignante et l'architecte - par Sylvie

le 6 décembre 2006 - Santé des étudiants : un terrible constat - par Sylvie et Christian

le 21 novembre 2006 - Cuisinez-vous une vie meilleure ! - par Christian

le 18 novembre 2006 - Royal mépris - par Christian

le 8 novembre 2006 - Laurent Lafforgue et Jean-Paul Brighelli ou Le complexe d'Astérix - par Christian

le 25 octobre 2006 - A propos de "Trois réformes urgentes pour sauver l'école" - par Christian

le 23 octobre 2006 - Pays mêlé - par Jacques-Bénigne

le 14 Septembre 2006 - Le Piment rouge - par Christian

L'enseignante et l'architecte

Une réaction à un "Rebond" d'Alain Chomel ancien architecte, spécialisé dans l'architecture scolaire :
"Seule une présence de 35 heures des profs dans leur établissement permettrait de débloquer le système éducatif. Un nouveau statut pour les enseignants
"
publié dans le Libération.fr du du mardi 26 décembre 2006


 

     J'ai la chance de travailler dans un lycée neuf - nous avons emménagé en avril 1992 (je vous passe les détails sur l'imbécilité de déménager en milieu d'année...) Certes, cet établissement est beau à regarder et il est la preuve concrète que l'architecte a pensé un lycée avec internat, un lycée agricole avec une vie interne importante. Mais il est plus petit que celui qu'il remplaçait (c'était un déplacement et non une création.) : merci la région. Quatorze ans plus tard, il a fallu agrandir le CFA, le CFPPA et le lycée n'a jamais eu assez de salles pour fonctionner normalement, il manque un laboratoire de physique, une salle pour organiser les Contrôles en Cours de Formation obligatoires, les salles sont trop petites (car de toutes façons il y aura moins d'élèves à l'avenir, nous a-t-on répondu à l'époque ; sauf qu'aujourd'hui, moins d'élèves cela n'existe pas car alors la classe est fermée, c'est donc souvent plus d'élèves et avec des doubles sections donc il ne faut pas moins de classes...) et bien sûr, on réclame toujours le local syndical légal...

     Voilà pour le Conseil Régional.

     En ce qui concerne l'architecte, malgré toutes nos remarques, les salles d'informatique sont situées plein sud avec seulement des rideaux intérieurs, la température peut atteindre les 40°... On attend toujours les volets ou quoi que ce soit qui empêcherait que la température ne monte trop haut...Le CDI est tout en verrière, malgré nos inquiétudes concernant la température l'été et aussi le chauffage l'hiver...Un système électrique de rideaux extérieurs a été mis en place au bout de quelque temps, il a toujours mal fonctionné et est pour l'instant hors d'usage et "on" réfléchit en "haut lieu"... En ce qui concerne la température lors des beaux jours, l'architecte en question nous a toisé en nous rétorquant que, de toute façon, l'été nous n'étions jamais là... sauf que depuis, on a connu les emplois jeunes et que notre jeune collègue s'est vu ainsi offrir des séances de sauna usantes à 35, 40°, plusieurs étés d'affilée. Sauf que nous avons connu aussi quelques printemps (mai, juin) et quelques automnes (septembre, octobre) particulièrement chauds... Lorsqu'il pleut, trois seaux judicieusement placés sont nécessaires... (Il ne faut pas se plaindre car, la verrière étant alors à la mode, un lycée de notre ville, inauguré en 1989, en est également doté pour le CDI : en février 1991, il y avait douze seaux judicieusement placés, un jour que j'y suis allée !) Evidemment, il est très difficile à chauffer l'hiver. Quelques années après notre arrivée, il a fallu refaire entièrement les cuisines car elle étaient mal adaptées et d'ailleurs les collègues avaient toujours fait remarquer les problèmes. Et, pour la petite histoire, le système électrique s'est entièrement consumé - avec une partie de la toiture bien sûr - cet automne car quelque chose a pris feu dans l'armoire électrique : 150 000 €, au moins, de dégâts pour quelque chose qui a été entièrement fait il y a quinze ans et refait il y a moins de six ans... A qui la faute? Et qui va payer au final ? L'infirmerie est à l'étage en haut d'un escalier en colimaçon ; il y a bien un ascenseur, mais il faut avoir la clé pour y accéder et une civière n'y tient pas...

     Voilà pour ce qui me vient à l'esprit pour l'instant. Quand je pense que cet ex-architecte a le culot de dire que nous travaillons chez nous "sans contrôle" : sous entendu sans doute que nous mentons certainement sur notre temps de travail .... Apparemment il ne sait pas ce que c'est que 30 élèves - dont les 2/3 n'en fichent pas une.... - qui réclament leurs copies moins d'une semaine après qu'ils les ont rendues... Apparemment aussi, avoir construit des lycées donnerait une légitimité pour donner des conseils sur le travail des professeurs ...mais ceci n'est pas récent, il y a trente ans, le voisin de ma grand-mère, entrepreneur de maçonnerie de son état a eu les palmes académiqes car il avait construit des écoles ...ce qui n'a pas manqué de retourner le coeur de cette ancienne paysanne qui avait eu tant de mal pour faire de ses enfants des instituteurs...

     Le scandale continue.

Sylvie
Le 27 décembre 2006

Pour information, ce document officiel sur le temps de travail des enseignants : ICI
( avant la mise en place du remplacement à l'interne... )


Santé des étudiants : un terrible constat.

Un double billet d'humeur après la publication
le mercredi 6 décembre 2006
du rapport Wauquiez

(" Un rapport dresse un bilan inquiétant de l'état de santé des étudiants" titre Le Monde
et "Alimentation, soins, dépression : les étudiants trinquent", sur le site VousNousIls)

     Il y a bientôt 30 ans dans la ville universitaire où je suis arrivée en octobre 1977, il y avait plusieurs restoU où étaient servis des repas complets (et même que lorsqu'il n'y avait apparemment pas le compte en calories, nous était octroyée en complément une tartine de beurre de crevettes ...!) dont les soirs d'hiver un bol de soupe de légumes !!!! Et nous la mangions ! Aujourd'hui, dans cette même ville, les restoU sont devenus la portion congrue, ils ont été concurrencés par des "cafèt'" dans les années 80 beaucoup plus "sympa"... sauf que si le ticket est accepté, ce n'est plus pour un repas complet... Et je ne parle pas de la restauration complètement privée ...

     Cependant, cette rentrée 1977 a été celle d'un tournant au sujet de la restauration étudiante : c'est la première fois que l'augmentation du ticket a été supportée par les seuls étudiants alors qu'auparavant elle était partagée entre l'état et les usagers. Le ticket est alors passé d'un coup de 3,00 francs à 3,30 francs. (Pour mémoire, la chambre en citéU coûtait dans cette ville, 280,00 francs et mes parents payaient la mienne en ville - ils dépassaient les plafonds pour accéder à la cité - , 330,00 francs.) Il ne faut pas s'étonner maintenant que les étudiants soient mal  nourris ... et en plus les bourses ont sacrément diminué !!!! Nous avons des amis qui sont l'un employé chez un chauffagiste, l'autre est aide-soignante. Ils ont 3 filles; l'aînée, excellente en dessin et arts plastiques en général, a fait ses études à 600 km de chez eux (il n'y avait pas plus près et c'était une faculté, pas une école payante.), ils n'ont eu droit à RIEN car ils avaient des revenus trop importants !!!! Il n'y a que les agriculteurs qui ont de bonnes bourses pour leurs enfants et alors il faut voir dans l'établissement où je travaille, la différence entre les voitures des enfants d'agriculteurs et celles des autres (quand ils en ont une.) et même celles des enseignants !

     Ah j'oubliais, il y avait aussi une visite médicale par an ... qui a été supprimée au début des années 80. Ces années 80 ont vraiment été ce tournant où les idées libérales se sont durablement et insidieusement installées dans  nos esprits, et dans les faits. Mais tout cela a été fait en catimini, par petits morceaux, et selon les conseils avisés de l'OCDE qui a expliqué qu'il ne faut pas supprimer un service public d'un coup, il faut en augmenter un  peu le coût pour l'usager, puis baisser la qualité, et ainsi de suite ...

     Beau travail n'est-ce pas ?

Sylvie

     Terrible constat, avant il existait un statut de surveillant qui permettait aux plus fragiles économiquement d'accéder aux études.Aujourd'hui, le recrutement est nébuleux et leur nombre se raréfie.Dans mon lycée , ils sont cantonnés à des tâches administratives.

     Non content de leur donner une culture en trompe l'oeil, on les paupérise.Il est, semble-t-il, préférable d'engraisser le marchand de sommeil avant de songer à soigner la dignité de ceux à qui nous demanderons bientôt de prendre en charge nos vieux jours.

     Progrès ? Changement ? Ces mots-là ne disent rien de bon quand on les passe au crible des réalités humaines. Ce qui se passe démocratiquement au nom du capitalisme est un véritable hold up. Seuls une poignée de voleurs en sortiront ravis.

Christian

Cuisinez-vous une vie meilleure !

par Christian
le 21 novembre 2006

La recette du jour


1) Veillez à ce que l'ineptie devienne le coeur de la pédagogie et le désir de l'enfant le centre des préoccupations.

2) Amenez les syndicats à discuter sur le terrain des moyens ( la chose sera d'autant plus aisée que les syndicats en question reconnaîtront l'ineptie pédagogique comme une panacée , il ne faudrait surtout pas que l'origine du mal soit révélée)

3) Soufflez le chaud et le froid en divisant les pédagogues tout en veillant à ce que l'ineptie continue de pourrir l'ensemble de l'édifice. Celle-ci devrait pouvoir créer les conditions objectives de la violence et du relâchement : quand l'effort n'est plus porté par le sens, il se dissout dans un quotidien aberrant.

4) Vous n'oublierez pas de recourir à l'argument d'autorité qui montrera de manière indubitable que les autres pays font mieux avec des moyens plus modestes, les experts de tout poil ne manqueront pas de vous assister dans votre effort d'explication et les effets calamiteux de l'ineptie valideront leurs chiffres infâmants.

5) En bon pragmatique, vous en profiterez pour jeter l'instruction publique dans l'ornière de la précarité en lui ôtant des moyens inutiles tout en continuant de la détourner de ses principales missions.

6) N'oubliez pas d'augmenter les moyens du privé et de prendre des mesures fiscales conséquentes pour légitimer les structures parallèles susceptibles de pallier les carences inévitables d'un système que vous aurez ruiné sciemment.Il est important d'accréditer la thèse d'une faillite de l'instruction publique. Ensuite, vous mettrez au coeur du débat le droit des parents à exiger le meilleur service et vous exalterez leur liberté de choix avant de proposer à point nommé la suppression d'une carte scolaire que vous aurez pris soin de vider de son efficacité au nom de l'égalité des chances car il est essentiel de faire coïncider l'intérêt supposé du citoyen avec l'illusion démocratique.

7) Vous ferez évoluer comme il se doit le statut des personnels vers la régionalisation tandis que vous ouvrirez l'école à l'entreprise avant de vous attaquer progressivement au caractère national des diplômes qui n'auront plus d'autre valeur que celle de l'ineptie. Jetez le soupçon sur le travail des enseignants pour mieux contenir leurs vains efforts dans la nasse de l'inefficacité. Ne soyez pas avare de réformes. Assignez-leur des objectifs farfelus, allégez la qualité du recrutement en imposant la bivalence et diversifiez leurs tâches afin de purger l'institution des derniers miasmes de Raison qui l'encombrent. Entretenez une tension permanente entre l'exigence de résultats et la propagation de l'ineptie, la schizophrénie qui en découlera viendra naturellement brouiller les esprits. Amplifiez la rumeur des privilèges et le sentiment de culpabilité associé à la soumission naturelle des fonctionnaires carriéristes seront des aiguillons d'autant plus efficaces qu'une vague importante de départs en retraite devrait vous laisser le champ libre pour démoraliser les plus jeunes et les conduire en troupeaux à la casse sociale sous la houlette syndicale.

8) Si toutes ces conditions sont bien remplies, l'état de l'instruction publique devrait rapidement se dégrader, il suffira alors de vous montrer charitable : euthanasier le coûteux malade et aligner la formation des citoyens sur le modèle de votre choix. Vous aurez enfin obtenu une école "rentable" et adaptée aux exigences du meilleur des mondes comme tout bon service qui se respecte.

Et si un dernier doute vous tenaille, répétez-vous la devise qui inspire l'action politique : " Aux grands maux les faux remèdes".

Erections pestilentielles

La "Une" de Charlie Hebdo en 1981

Royal mépris
18 novembre 2006

     Si j'écoutais la voix de la raison, j'aurais déchiré depuis longtemps ce passeport pour la servitude que l'on appelle carte d'électeur mais de longues années de conditionnement me retiennent encore de vitupérer aussi franchement la démocratie.

     On a tous un peu quelque chose de ces mines hilares qui, hier encore, savouraient l'élection de leur Royal comme une excellente surprise... comme si celle-là n'avait pas été soigneusement préparée par un appareil politique dont l'efficacité staliniennne n'est plus à démontrer. J'ai même recueilli les confidences d'un encarté que l'ivresse avait rendu trop bavard. Comme je l'agaçais à propos de la cohérence politique de "la favorite des sondages" et que l'avant-goût de la victoire l'avait rendu téméraire , il m'a déclaré que les divisions de la droite seraient bien suffisantes pour leur permettre d'accéder au pouvoir. Je n'ai pas manqué de le féliciter pour son royal mépris des citoyens et de l'engagement politique. Les utopies sont mortes , il ne s'agit plus d'exercer le pouvoir, de "changer la vie", seulement de prendre le château , le reste se décide ailleurs.

     Quant à notre vieux cartel des gauches, il peut bien essayer de s'entendre, à moins qu'un traditionnel pugilat, ne fasse resurgir le vieux complexe d'Astérix. Nous irons mettre un bulletin dans le tronc démocratique : "Pour les pauvres !" et puis après ? Quand on veut construire quelque chose autour des idées de gauche , on ne le fait pas dans l'urgence d'une élection. C'est au quotidien qu'il faudra se réapproprier le politique en devenant des saboteurs, des empêcheurs de participer en rond... car personne ne viendra nous sauver.

Bien à vous tous, Christian

Laurent Lafforgue et Jean-Paul Brighelli
ou
Le complexe d'Astérix

Après la sortie du dernier ouvrage de Jean-Paul Brighelli :
"Une école sous influence ou Tartuffe roi"(éd. Jean-Claude Gawsewitch),
Laurent Lafforgue
donne sur son site une partie des échanges avec l'auteur
de "La "Fabrique du crétin" et de"A bonne école" : ICI

Un "billet d'humeur" de Christian...
(le 8 novembre 2006)

 

     Quand le laïc et le religieux se donnent l'accolade sur un quiproquo , le complexe d'Astérix ne tarde pas à se réveiller ( y a pas que sur LMT...). C'est encore la question de la tolérance qui est en jeu. Lafforgue ne tolère pas que le libre penseur puisse mettre dans le même panier l'islam et le catholicisme, à plus forte raison quand la sainte église essaye, en ce moment même, de se refaire une petite santé médiatique en puisant à la source de la pureté liturgique . Il est prêt à soutenir le laïc quand il tire sur les ennemis de Redeker au nom de la liberté d'expression , en revanche il ne lui en reconnaît aucune quand il rappelle, au détour d'un livre, tout le bien qu'un laïc athée peut penser du catholicisme. La seule guerre qui soit juste à ses yeux reste la guerre sainte. L'oeucuménisme a du plomb dans l'aile et l'ouverture voit ses limites toutes tracées par le zèle du croyant jaloux de ses rites . Le problème , c'est que, pour exister aujourd'hui , les dogmes doivent se durcir et leurs ouailles se fanatiser , c'est peut-être une leçon qui leur vient des Etats-Unis, si l'on en juge par la bonne santé des églises évangélistes. Face à la mauvaise vie que l'on nous fait , il y a deux issues possibles, l'extase mystique ou l'analyse politique de la situation. La première appelle à restaurer une morale par l'imagination de la foi et l'élévation de la prière, la seconde, si elle n' est pas aliénée à une verticalité , se manifeste par l'exercice de la raison et l' engagement politique pour endiguer une idéologie que ces divisions ridicules doivent réjouir.

     En bon candide JP Brighelli avait sans doute sous - estimé l'engagement spirituel du mathématicien et pensé que l'intérêt supérieur de l'école pouvait rassembler au-delà des différences celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas. Il a peut-être oublié que Lafforgue , comme Hugo avait pu l' exprimer avant lui à la fin de Claude Gueux , s'il veut bien instruire le citoyen, n'oubliera jamais la nécessité impérieuse de mettre "une bible par cabane. Que chaque livre et chaque champ produisent à eux deux un travailleur moral" . A partir de là on entre dans un dialogue de sourds où chacun donne le meilleur de lui-même. L'un stigmatise l'esprit des Lumières marqué du sceau infâme de la décadence morale , l'autre, piqué au vif, répond avec son siècle en menaçant d'un duel médiatique et en jetant un peu de boue sur les vieilles croyances.

     Je pense qu'il ne faudra pas attendre des lustres pour qu'il se passe la même chose entre les collègues qui défendent l'instruction et leurs alliances politiques. Seuls des intérêts particuliers pourraient cimenter durablement cette union et il y a parmi les défenseurs de l'école un certain nombre de personnes qui ne s'abaisseront pas jusque-là comme peut en témoigner le récent appel du Grip. En attendant, la querelle des méthodes fait rage. Il n'y a que l'organisation mondiale du commerce qui ne se divise pas, tout au plus fulmine-t-elle un peu sur le retard que l'on prend ici ou là pour transformer la vie des hommes en accord avec l'idéal humaniste préconisé par les grands argentiers du nouveau siècle.


     Hugo dans Claude Gueux définit merveilleusement le rôle que la religion devait jouer auprès du pauvre, le riche, lui, pouvait bien s'en passer :


     "Quand la France saura lire, ne laissez pas sans direction cette intelligence que vous aurez développée. Ce serait un autre désordre. L'ignorance vaut encore mieux que la mauvaise science. Souvenez-vous qu'il y a un livre plus philosophique que le Compère Mathieu...C'est l'écriture sainte.Et ici, un mot d'explication. Quoi que vous fassiez , le sort de la grande foule , de la multitude, de la majorité sera toujours relativement pauvre , et malheureux et triste. A elle le dur travail, les fardeaux à pousser, les fardeaux à traîner, les fardeaux à porter. Examinez cette balance : toutes les jouissances dans le plateau du riche, toutes les misères dans le plateau du pauvre...Et maintenant dans le lot du pauvre, dans le plateau des misères , jetez la certitude d'un avenir céleste, jetez l'aspiration au bonheur éternel, jetez le paradis, contrepoids magnifique ! Vous rétablissez l'équilibre... C'est ce que savait Jésus , qui en savait plus long que Voltaire. "

Bien à vous tous, Christian

 On se reportera aussi au blog de Jean-Paul Brighelli : Bonnet d'âne

Une colistière donne aussi à (re)lire ce texte de Jean Bricmont :
Science et religion : l'irréductible antagonisme

Pays mêlé

par Jacques-Bénigne
(le 23 octobre 2006)

      Je ne partage pas ce point de vue*. Ce qui a fait la grandeur de la culture française, depuis l'époque classique, c'est sa propension à vouloir être universelle. Partant, à s'enrichir de tout cequi peut venir de l'étranger. On parlait de Voltaire, ce matin. En voilà un que la Chine fascinait.Je doute qu'il ait jamais eu l'occasion de rencontrer beaucoup de Chinois mais je pense que cela ne lui aurait pas déplu d'en voir de temps à autre. Nous avons la chance, aujourd'hui, dans une ville comme Paris, de pouvoir changer de pays et même de continent simplement en traversant un boulevard. Il y a dix ans que j'habite Belleville, que mes plus proches voisins sont chinois, les autres maghrébins, africains, antillais, etc. Il y a bien quelques Français, mais il faut toujours que quelque chose les particularise : ils sont Auvergnats, israélites ou, comme moi, shintoïstes berrichons. Tout cela fait un curieux mélange mais ce mélange, pour moi, c'est la France, la France éternelle de mon nationalisme particulier et je me sens désormais étranger comme un Chinois dans les alentours de mon lycée du 14e arrondissement, où la population est plus homogène. Je ressens une espèce d'angoisse quand je retourne en Normandie où j'ai pourtant enseigné pendant quatorze ans. Ma grand-mère, qui avait vu quelques asiatiques dans le Nord de la France entre 1914 et 1918 me disait que ceux qu'elle appelait par simplification les "Chinois" étaient "tous pareils" et je suis désormais aussi raciste qu'elle : cette uniformité de la France d'autrefois qu'on retrouve encore dans quelques petites villes de province me fait peur.
      Peut-être qu'il était souhaitable de flanquer des baffes aux petits Bretons qui continuaient à parler breton dans les cours de récréation, au début du siècle passé, mais la situation du monde était toute différente, chaque culture s'enracinait nécessairement, pour parler comme Barrès, dans un territoire national. A contrario, les grandes cultures, aujourd'hui sont appelées à n'exister plus que dans l'espace virtuel des mondes électroniques. Et là, les grandes civilisations, dans ce qu'elles ont produit de meilleur, ne sont plus en concurrence, elles s'interpénètrent et peuvent se compléter de la manière la plus harmonieuse. Dans peu d'années, je pourrai choisir d'avoir, à côté de la fenêtre qui donne sur la rue où j'habite réellement, une autre fenêtre ouverte en permanence et en temps réel sur n'importe quelle rue de n'importe quelle grande ville à l'autre bout du monde. Je serai là et ailleurs, n'importe où.
      On s'est donc complètement fourvoyé en accueillant les étrangers comme on l'a fait, d'une manière qui est, il faut bien le dire, tout à fait indigne. Le "Français" de demain n'aura rien à voir avec celui qui vivait dans ce pays entre les deux guerres, et même s'il a trente générations de Français derrière lui, il ne pourra être français que s'il est un peu chinois, tu peu turc, un peu indien. Pourquoi voudrait-on qu'un Chinois ou qu'un Maghrébin, parce qu'il vit sur le sol français renie sa culture d'origine quand il devient vital pour un français de souche qu'il devienne quelque peu japonais, russe et africain ?
      J'ai honte d'avoir dû constater que des jeunes Chinois, par exemple, n'avaient souvent jamais entendu parler des grandes oeuvres littéraires du pays de leurs ancêtre, n'en connaissaient ni l'histoire ni l'art, n'avaient même aucune idée de ce qu'avait pu être la peinture chinoise ou que de jeunes Maghrébins ignoraient tout du rôle extraordinaire de la civilisation arabe à la fin du premier millénaire.
      Pour mieux les "intégrer", on a fait en sorte qu'ils ignorent tout de leurs origines quand il aurait fallu au contraire leur en donner la fierté. Il aurait fallu d'abord leur enseigner correctement la langue de leurs parents et cela n'a jamais été fait. Au lieu d'insister comme le font, je crois bien, par une espèce de provocation imbécile, les programmes d'histoire, sur le mythe d'une origine chrétienne de l'Europe et sur ses conflits avec l'extérieur, il faudrait au contraire insister sur la pluralité des échanges les plus fructueux, et dès les époques les plus reculées.
      La misérable "culture des banlieues", dans ce qu'elle a de plus atroce et de plus pitoyable n'est pas une sous-culture qui tirerait son origine de l'immigration, c'est essentiellement une inculture de la misère : beurs français et "Céfrans" y sont condamnés à un même abrutissement, à un même décervelage dont, en tant que profs - car nous avons laissé faire - , nous sommes solidairement responsables.


Jacques-Bénigne

* Cette réponse se situe dans un débat ("Colonialisme et Brighelli").

A propos d'un article publié dans Le Figaro du 23 octobre 2006
par Laurent Lafforgue et Marc Le Bris :
"Trois réformes urgentes pour sauver l'école "

     Revenons aux choses "sérieuses". Ils nous ont bien explicité leurs réformes mais ils ont quand même oublié de nous préciser le candidat . C'est ballot ! Il est où le Martien qui serait prêt à dépasser le stade des déclarations d'intention pour ouvrir un tel chantier au mépris d'une ligne budgétaire drastique et de l'alignement sur la connerie mondialisée ? C'est comme le redoublement , c'est pas dans l'air du temps : trop coûteux, trop vexatoire, trop inutile...Et pourtant , pas plus tard qu'hier, alors que je m'escrimais, pendant l'heure d'aide, à convaincre trois barbies outrageusement maquillées de se mettre au travail , elles me l'ont bien rappelé que j'en demandais trop, que leurs potes plus âgés, ils étaient passés sans avoir besoin de bricoler des paragraphes compliqués sur des textes ennuyeux. "Vous comprenez, Monsieur, si on ne peut plus bavarder gentiment entre copines, c'est pas une vie, on n'est pas des intellectuelles , nous…" L'argument était imparable et sur ce point précis, il a bien fallu que je m'incline... Alors j'ai sorti de mon cartable une tête de Gorgone, celle-là avait une feuille de retenue collée sur le front... Aussitôt médusées, les pauvrettes ont essayé de faire semblant.

     Pour en revenir à nos médecins urgentistes, s'ils pouvaient nous dégotter un Monsieur propre, grand pourfendeur d'inégalités, qui saurait purger le grand tuyau de la misère, on ne leur en voudrait pas. On connaît le traitement mais on cherche toujours un praticien qui saurait l'administrer. C'est toujours pareil, que la chapelle soit politique ou pédagogique, ce sont toujours les diafoirus qui tiennent le manche, alors le bon sens, il peut bien aller se faire pendre ailleurs.

    Au fait pour conclure sur une brève de comptoir, vous avez peut-être entendu que la chasse aux fraudeurs était ouverte, il était temps, j'en voyais déjà lorgner du côté du borgne. Vous croyez vraiment qu'ils vont remettre du fonctionnaire sur le coup? Il paraît que dans la foulée ils auraient décidé de subordonner l'attribution du RMI au patrimoine. Est- ce à dire que si tu perds ton job, on peut te donner le coup de pouce pour que tu descendes les barreaux de l'échelle sociale afin de rejoindre plus rapidement ton nouveau club d'amis aux restos du coeur ? La misère n'attend pas !

     Rmiste et propriétaire, c'était vraiment pas du jeu. N'est pas pauvre qui veut.

     La suprême élégance du misérable sera toujours de crever la dalle honnêtement. Etonnant , non ?

Bien à vous tous, Christian
Le 25 octobre 2006

"Le Piment rouge" par Christian (14 Septembre 2006)
     Les propriétaires réclament l'assouplissement d'un bail trop contraignant, ils voudraient pouvoir foutre dehors rapidement les mauvais payeurs. Ils assurent que cette mesure remettrait sur le marché de la location des centaines de milliers d'appartements. On est loin de soupçonner l'honnête tourment qui ronge le propriétaire au moment de la location, quant à ceux qui ont dévissé en cours d'escalade professionnelle , il serait humain de leur rappeler que les ponts ne sont pas faits que pour les chiens.

     Si on s'amuse à transposer cette morale de boutiquier dans notre sphère de l'éducation , il va de soi que, demain peut-être, l'égalité des chances passera par l'accès au privé pour tous, on ne peut pas, sans rougir de honte, maintenir les plus défavorisés dans un système qui aura donné des preuves manifestes de son échec. Le privé parce que c'est votre choix ( même si vous ne le savez pas encore) et que vous le valez bien... C'est simple comme bonjour, il suffit de réformer.

     Et les syndicats , bien sûr, continuent de négocier.

Christian , chroniqueur d'une époque morale et citoyenne.

 

 

 

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